02/03/2017

[Live Report] Intenable + Johk (La Marquise - Lyon)

Le mardi 21 février 2017, c'est en compagnie de l'équipe du Rock à Kiki que nous sommes allés passer une petite soirée Punk Rock à La Marquise. Une soirée où deux groupes se produisaient sur scène : Johk - quatuor originaire de Poitiers - et Intenable, formation tout droit venue de Bordeaux et composée de trois musiciens seulement. Deux groupes ayant décidé de s'exprimer en français et à l'esprit Punk distillé sous deux formes musicales bien distinctes. Encore une soirée lyonnaise à l'entrée gratuite : difficile de trouver des arguments pour répondre négativement à l'invitation de l'équipe des poilus qui accompagnaient Kiki ce soir-là.

Ce n'est pas une nouvelle, je suis assez peu touché par la langue française en ce qui concerne la musique. J'ai parfois du mal à me l'expliquer et je suppose que c'est en grande partie à cause du peu de CDs de groupes ou chanteurs et chanteuses français qui traînaient chez mes parents (mis à part le Live de Téléphone qui est un véritable pilier de ma maigre culture musicale). Quoiqu'il en soit, c'est toujours une forme d'aventure que d'aller écouter de la "chanson française", mais ça l'est encore davantage lorsque c'est sur scène que je découvre des groupes et leurs musiques. Non, avant de me pointer à La Marquise ce soir-là, je n'avais même pas jeté une oreille sur la musique de Johk et d'Intenable. Un gros manque de "professionnalisme" de ma part, je ne vous le fais pas dire !

Qu'on se le dise, Intenable et Johk ne sont pas ce qu'on pourrait appeler des groupes "connus". En tout cas pas pour le moment (même si on peut souligner la discographie déjà impressionnante de Johk !). De ce point de vue là, c'est toujours avec une certaine forme de respect que j'assiste à des représentations Live de ces "petites" formations n'hésitant pas à traverser la France en s'entassant à trois, quatre ou même cinq personnes dans une voiture pour aller jouer un peu de musique devant quelques dizaines de personnes à peine. Inclinons-nous donc devant la quantité de kilomètres avalée par les deux formations pour venir se produire sur la petite scène de la péniche lyonnaise (en vérité, les gaillards arrivaient tout droit de Saint-Etienne où ils avaient joué la veille et partagé la scène avec Lily Carnage mais ça, c'est tout l'art d'organiser une tournée).

Johk à La Marquise lors de cette soirée

Johk c'est une voix écorchée, un poil rocailleuse, une batterie vivante, des guitares et une basse généreuses. Le groupe ouvre sur le combo "Comme Des Inconnus"/"Aux Frontières De La Déraison", doublette qui introduit son dernier album Aux Antipodes De L'Existence sorti en fin d'été 2016. Le ton est directement donné : les textes sont engagés, nous parlent de la guerre à l'autre bout du monde, des lois du marchés et de la folie de l'Homme à sans cesse consommer et à toujours vouloir faire du profit. Mais Johk nous parle aussi d'amour. De cet amour fraternel entre les êtres humains, cet amour qui a presque disparu à cause des comportements cités plus haut, justement. Mais il reste un peu d'espoir et tout n'est pas perdu. Johk dresse un portrait plutôt grisâtre de notre société, une société amère qui prend bien souvent l'ascendant sur nos vies qui ont souvent plus de valeur que ce qu'on veut bien leur accorder. Ces histoires tissées sur une toile sociale ne vous rappellent rien ? Pourtant, quand on fouille du côté des références assumées du groupe, on y voit pointer les noms de Defeater ou Touché Amoré. Tiens, ça, ça m'parle ! Et là, d'un coup, tout s'illumine : même si ces deux groupes de renommée internationale s'expriment en anglais, le lien apparaît évident. Et les ressemblances dans le chant, les riffs incisifs, le jeu de batterie, tous ces éléments amènent à la même conclusion (audacieuse, peut-être) : Johk serait au Punk Rock français ce que Defeater est au Hardcore anglophone. Et, d'une certaine façon, tout est dit. Johk joue sa musique avec ferveur et le quatuor a même le culot de reprendre d'une seule voix, sous forme de gang vocals off micro, des textes qui prennent une force tout à fait surprenante sur scène. C'est chaleureux et même si le Punk Rock du groupe n'est pas particulièrement dansant ou tout simplement festif, on se laisse toucher, voire pénétrer par l'énergie balancée sur scène. Il n'est finalement pas surprenant d'avoir quelques frissons et ça, c'est plutôt cool !


Changement de registre avec le trio Intenable, la musique du groupe reposant sur une combinaison simple batterie/basse/guitare qu'on retrouve chez beaucoup de groupes de Punk Rock et de Grunge, notamment américains. Avec à sa tête un chanteur/guitariste en la personne de Kévin (qui, soit dit en passant, à des faux airs de Gaspard Proust, just sayin'), Intenable délivre un Rock aux effluves Pop Punk qui n'est pas sans rappeler un curieux mélange de Green Day et de BB Brunes (désolé les gars : mes références sont un poil douteuses...). C'est un tantinet subversif et décalé (on peut écouter "Christine Anyways" pour se faire une idée) mais c'est surtout plus festif et dansant que ce que propose Johk et ça a l'air de plaire à l'audience qui commence à se déhancher, à se tortiller et à sautiller dans cette Marquise qui se met à tanguer légèrement. Comme quoi, il faut parfois peu de monde pour arriver à faire bouger ce rafiot, du moment que la musique est bonne.

Intenable en pleine action lors de cette soirée

Sur scène, le trio se donne avec le sourire et chacun des trois compères participe vocalement, que ce soit lors de petites sessions de gang vocals ou tout simplement lors de phases de dialogue chanté entre Kévin et Clem, respectivement guitariste et bassiste. Dommage que les balances n'aient pas été de très bonne qualité : il était difficile de piper les textes des gaillards, surtout lorsqu'on était comme moi en terrain musical inconnu. Pour les autres, fans de la formation bordelaise depuis la première heure ou simples curieux ayant pris connaissance du groupe et de sa musique avant de venir à la soirée, c'était évidemment plus facile. Enfin, on pourra aussi souligner une volonté de ne pas tomber dans la facilité en proposant suffisamment de variations dans les riffs et les mélodies pour que chaque instrument puisse s'exprimer et ainsi susciter l'intérêt, la batterie s'accordant suffisamment de folie pour enrichir l'ensemble : en bref, c'est pas mal du tout niveau compos ! Mais c'est surtout la générosité du trio qu'il faut souligner ici puisque c'est une setlist bien chargée qui a été jouée ce soir-là ! Pour ceux qui seraient près de leurs sous et qui se plaignent souvent de "ne pas en avoir pour leur argent", Intenable les aurait bien fait mentir ! Bah oui, c'était gratuit ! Alors, évidemment, la musique d'Intenable me touche beaucoup moins que celle de Johk ou que celle que j'ai l'habitude d'écouter mais il faut reconnaître au trio la capacité de divertissement que possède sa musique et l'énergie qui s'en dégage. Pour les amateurs du genre, un concert d'Intenable, c'est une bonne soirée garantie !


Le grand débat, quand on est campagnard comme moi, consiste à sans cesse se demander ce qu'on vient foutre en ville à payer des loyers exorbitants pour se loger et faire ses courses régulièrement en supermarchés pour acheter des produits à la qualité douteuse plutôt que de pouvoir cultiver son petit jardin. Heureusement, ce genre de soirée vient nous rappeler qu'il y a quand même des avantages à habiter une bourgade comme Lyon et que les occasions de sortir et de profiter de groupes venant jouer leur musique pour un instant convivial et chaleureux ne manquent pas. Et ça, malheureusement, c'est pas en pleine cambrousse qu'on se vanter d'avoir les mêmes avantages ! Merci donc à La Marquise d'accueillir ce genre de soirée, au mec qui a invité les groupes (oui, une seule personne était derrière l'organisation de ce concert : chapeau à lui) et aux groupes eux-mêmes de se déplacer pour nous faire passer un bon moment. Un petit coucou à l'équipe du Rock à Kiki qui arrive à me faire sortir de chez moi pour passer une soirée en sa compagnie : c'est toujours un plaisir ! Enfin, merci à Nesrine pour les photos, évidemment.

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