02/06/2016

[Album] Novelists : "Souvenirs"

Artiste : Novelists
Album : Souvenirs
Premier Album
Sortie : 2015
Genre : Métalcore Progressif, Djent
Label : Arising Empire Records, Nuclear Blast
Morceaux à écouter : Gravity, Ouroboros, Souvenirs
♥♥♥♥(♥)
> Ecouter l'album sur Youtube <

De qui on parle, déjà ? Il aura fallu à peine deux ans et six morceaux pour que le groupe Novelists obtienne une certaine notoriété dans le (petit) monde du Métal/Métalcore Progressif et Djent. Les parisiens avaient largué, au compte-goutte, courant 2013 et 2014, des morceaux répertoriés sous forme d'une démo qui n'aura pas laissé grand monde indifférent, y compris Arising Empire qui s'est empressé de signer le groupe français pour sortir son premier album. Souvenirs voit donc le jour en novembre 2015 et permet enfin (!) de pouvoir écouter la musique du groupe via un support physique.

Un album généreux. Bien qu'on ait déjà pu écouter (et réécouter) les six titres de la fameuse démo via BandCamp ou même Youtube en attendant la sortie de cet album, aucune édition physique de ces morceaux n'avait été faite. C'est donc avec joie qu'on voit apparaître quatre de ces six morceaux sur la tracklist de l'album - "Twenty Years" et "Heartfelt" faisant office de pièces bonus - amenant cette dernière à quatorze titres. Un nombre conséquent pour un album sorti après 2010 - il faut bien le souligner - et qui fait donc plaisir. Seuls "Delusion" et "Immedicable" passent à la trappe. Pourtant, ces deux morceaux auraient tout autant mérité d'apparaître sur cette galette. Choix du label ? Choix du groupe ? Peu importe, il est toujours possible de les télécharger gratuitement via la page BandCamp de Novelists.

Du Djent et un peu plus encore. Novelists a su imposer son identité musicale bien avant la sortie de ce premier album. Le Métalcore Progressif aux sonorités Djent que les parisiens pratiquent se démarque du lot par cette incontournable construction basée sur des ambiances en toile de fond entièrement composées à la guitare. Des nappes lumineuses - étincelantes même, parfois - qui donnent cette spatialité si particulière à la musique de Novelists et nous plongent dans quelque chose de bien plus grand et profond qu'un simple combo basse/batterie/guitares pour accompagner la voix. On notera toutefois la présence de ce qui semble être un piano sur "Black Lights", un morceau qui, avec "5:12 AM", contraste avec le reste de l'album de par sa douceur et sa légèreté tout en faisant écho à "Inanimate" en introduction (magique) de ce dernier. L'essentiel de la force de Novelists se trouve pourtant dans des riffs musclés et des mélodies travaillées qui offrent une puissance imparable à la musique des parisiens et insuffle une énergie bien réelle à l'auditeur. Avec des intros courtes mais efficaces, on se plonge directement dans l'univers de chaque morceau, comme dans une nouvelle aventure, avec toutes les promesses, leçons et surprises qu'elle peut comporter. Que ce soit "Gravity", "Ouroboros" ou encore "Voyager", il y a un côté ludique à la musique de Novelists : les oreilles sont surprises, s'amusent à reconnaître les riffs et on est agréablement déstabilisé à la découverte de chaque titre, la progression nous amenant à enchaîner les ambiances, qu'elles soient beaucoup plus lourdes et violentes ou au contraire aériennes et poétiques. C'est donc un succulent mélange de légèreté et de puissance, de mélancolie et d'énergie communicative que Novelists propose dans ce premier album. C'est riche, fort et surtout inspiré, sans parler de certains soli qui semblent empruntés au Heavy Métal ou au Hard Rock (voir ceux de "Echoes" et "5:12 AM"). Pour tout ça, le Djent de Novelists est agréable à l'oreille et est bien loin du côté parfois indigeste qu'on peut reconnaître au genre.

Une touche française ? C'est vrai que le Djent n'est pas mal représenté en France et il faut bien reconnaître une certaine french touch dans la façon de pratiquer ce style musical dans l'Hexagone. Entre Uneven Structure, Kadinja et bien sûr Novelists - entre autres -, on retrouve quelques petites touches sonores partagées par tous ces groupes. La famille du Djent français est d'ailleurs relativement soudée, Novelists ayant invité Pierre Danel à jouer sur "Echoes", le bonhomme étant guitariste chez Kadinja, autre formation parisienne.

Une voix solide. Mattéo Gelsomino avait déjà fait bel étalage de ses talents vocaux sur les six titres de la Demo mais l'expérience va encore plus loin avec ce premier album qu'est Souvenirs. Outre sa tendance à alterner entre chant clair et scream avec aisance, il faut surtout reconnaître au parisien de solides capacités vocales - malgré une diction parfois hachée - qui collent très bien à la musique. Un exercice difficile dans le sens où ses textes sont assez loin d'une succession basique de couplets et refrains et au vu de la diversité des riffs au sein d'un même morceau. La polyrythmie oblige le gaillard à s'adapter sans cesse, le chant donnant tout autant leurs identités aux morceaux que la composition musicale en elle-même. Les rimes sont parfois inexistantes mais tout passe très bien à l'oreille. On regrettera seulement le fait que Mattéo soit seul à enregistrer tous les chants et que lors des versions Live, il soit tout simplement impossible de retrouver cette double voix (chant clair et hurlement combinés) comme sur le refrain de "Voyager" ou le final de "Souvenirs" par-exemple. Toutefois, la force vocale de Mattéo en fait un frontman charismatique qui est d'ailleurs sollicité par d'autres groupes comme sur le titre "Winter" de Landmvrks dernièrement, ou encore sur "Desolate" de PROS\PECT et "Dark Hase" de VIA. Malgré un chant hurlé appuyé, Mattéo laisse parfois sa voix faiblir, comme pour feindre la rupture, laissant apparaître cette sensibilité et cette sincérité si particulières pour interpréter ses textes ("Earth Grazer"). Enfin, on notera la présence d'une voix féminine sur "5:12 AM" en la personne de Lotti Buchholz qu'on a déjà pu entendre en featuring avec Burning Down Alaska en 2014 sur le titre "Savior", par-exemple.

Qu'est-ce qu'on nous raconte ? Un rapide coup d’œil au titre de certains morceaux et une recherche Wikipedia plus tard, on comprend tout de suite que la simplicité n'est pas de mise là non plus. Tout comme Tesseract qui a choisi un nom de groupe à tendance scientifique ainsi qu'une musique complexe, Novelists aborde des thématiques relativement compliquées comme la figure de Lichtenberg ("The Lichtenberg Figure") ou encore le dessin du serpent (ou dragon) qui se mord la queue et répondant au nom grec ancien Ouroboros ("Ouroboros") pour mettre l'individu humain au centre de ses sujets d'écriture. En résulte des textes matures, conscients, métaphoriques, et à portée philosophique, voire humaniste. Comme une sorte de thérapie qui viendrait naturellement avec l'âge. Une introspection complète sur notre rapport au monde, aux autres et à nous-même. C'est un peu compliqué parfois mais les décortiquer devient un véritable travail de "littérature" (dans la traduction) qui justifie pleinement le nom de "nouvellistes" pour le groupe. La boucle est bouclée et tout cela s'avère être maîtrisé, travaillé et surtout loin d'être anodin. Un plaisir à l'écoute qui reste cependant énigmatique parfois, sans parler de certaines tournures syntaxiques remises en cause par des natifs anglophones, l'anglais n'étant évidemment pas la langue natale des parisiens...

Un premier album remarquable. Avec Souvenirs, Novelists proposait là un excellent premier album qui s'écoute un paquet de fois avant de lasser. Travaillé, bien pensé, agréable à l'oreille : du très bon boulot. Sans aucun doute l'une des sorties les plus remarquables (et remarquées) de l'année 2015 pour un groupe français qui a très bien su s'exporter à l'étranger, notamment grâce à une promotion et une communication efficaces. En quelques mots : du talent, tant dans la musique que dans l'écriture. Et avec un visuel pareil, on pourrait tout simplement parler de classe. La barre ayant été mise très haut, on attend avec impatience de voir ce que les parisiens serviront par la suite !

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