05/06/2016

[EP] DeLaurentis : "Brand New Soul"

Artiste : DeLaurentis
EP : Brand New Soul
Sortie : 2016
Genre : Electro Pop
Label : Peermusic, Les Airs à Vif
♥♥♥
> Ecouter l'EP sur SoundCloud <

De qui on parle ? Il y a en France une scène dont on parle peu. Une scène où les artistes évoluent dans l'ombre et restent bien en retrait de tout ce que les ondes radiophoniques diffusent à longueur de journée. Cécile DeLaurentis fait partie de cette scène et apparaît comme un rayon de lumière blafarde transperçant l'obscurité. Chantant en anglais et originaire de Toulouse, la chanteuse/compositrice/productrice a d'abord appris la musique au Conservatoire de Perpignan puis à Toulouse à l'Université du Mirail en Musicologie Jazz. Au fil des années, son apprentissage la pousse a davantage se tourner vers la musique électronique jusqu'à arriver à la production musicale ayant donné naissance à l'EP que voilà.

Les possibilités électroniques. La musique Electro a cette particularité de ne nécessiter que peu de ressources pour proposer mélodies et ambiances afin de poser ensuite une voix sur l'ensemble. DeLaurentis l'a bien compris et, à l'aide de machines, synthés, piano et loopers, a créé son propre univers pour un résultat aux allures d'Electro Pop éthérée et lunaire. Il y a toutefois quelque chose de cinématographique dans l'ensemble. Pas via l'approche musicale, mais plutôt des références et expériences personnelles marquantes. Ainsi, tous ceux qui ont vu L'Exorciste de William Friedkin sorti en 1973 ne peuvent écouter "10000 Things" - qui ouvre l'EP et qui profite d'un clip - sans avoir des images de ce film qui leur reviennent en mémoire. Ce titre, qui est une reprise du thème introductif de l'album Tubular Bells de Mike Oldfield sorti en 1973, est d'ailleurs la première version chantée depuis sa création. Pour l'anecdote, le compositeur britannique aurait d'ailleurs apprécié cette adaptation. Mais la voix suave de Cécile DeLaurentis fait rapidement oublier l'horreur et le drame qui sont désormais indissociables de ce thème devenu culte grâce au film. Les sonorités lumineuses qui sont ici appuyées par un beat électronique dansant viennent porter une voix légère, presque murmurée, pour un voyage spatial, voire spectral. Les bases sont posées et la suite restera dans le même ton, non sans quelques petites surprises bienvenues. Ainsi, "8mm" débute sur des notes qui font inévitablement penser à un balafon pour ensuite voir des roulements de tambour entraîner l'ensemble au son d'une voix qui s'envole par moment. C'est élégant et la spatialité de l'ensemble fait oublier que l'artiste est seule. C'est un peu comme si Emily Haines, de chez Metric, décidait de faire de l'Electro Pop plutôt que du Rock. Et ce timbre si particulier, si doux, fait passer l'ensemble comme un souffle, comme une brise fraîche. Une fraîcheur rappelée par le visuel de l'EP d'un blanc immaculé.

Blanc et noir. Le piano (ou ce qui y ressemble) a aussi une place importante et fait souvent office de pièce maîtresse, un titre comme "As A Wink" n'étant accompagné que de samples de voix et joué aux pads. Des samples qui rappellent évidemment certains morceaux de Camille, pour son album Le Fil par-exemple. Enfin, "Brand New Soul" et "Wardrobe", qui clôturent l'EP, sortent vraiment du lot car libérant une énergie qu'on ne supposait pas pouvoir sommeiller dans tout ça. Le beat est plus marqué, les influences beaucoup plus évidentes et on reste hypnotisé par toujours ces quelques touches électroniques qui scintillent. C'est sobre et il n'en faut pas davantage. La musique fait son travail et on voyage entre lumière éclatante et nuit étoilée, un contraste qu'on retrouve dans l'espace infini où se perdent les réverbérations de la voix claire de Cécile.

Une histoire de famille. N'est pas chanteur, compositeur et producteur qui veut. Si Cécile de Laurentis s'est lancée dans une carrière musicale en solo, c'est parce qu'elle en a les moyens et que la musique est un univers dans lequel elle baigne depuis son enfance. Son père était d'ailleurs musicien de Jazz et pianiste-arrangeur de Claude Nougaro. Sur scène, sa sœur Julie est aux commandes d'un show visuel qui accompagne sa musique et composé en partie d'images trouvées sur des pellicules de 8mm tournées par sa famille, et plus particulièrement leur grand-père d'origine italienne duquel les deux sœurs ont hérité du patronyme. Sur ces pellicules, des films montrant la méditerranée des années 60 et à l'authenticité sans nul doute touchante. DeLaurentis met donc un point d'honneur à allier musique et compositions visuelles sur scène, ce qui ajoute de l'intérêt au projet.

Un EP qui glisse. Ce Brand New Soul est un moment agréable. Ni plus, ni moins. Cinq titres qui défilent sans aucun souci, à l'atmosphère vaporeuse et baignée de lumière malgré un obscur vide alentour. C'est poétique, sensible, sincère et sobre. DeLaurentis offre là un court voyage dans son univers musical qui se suffit à lui-même. Trop d'arrangements auraient sans aucun doute détruit ce fragile équilibre entre voix et machines qui font la force de sa musique. Une artiste à découvrir, au moins par curiosité.

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