16/06/2016

[Live Report] Russian Circles + Deux Boules Vanille (L'Epicerie Moderne - Feyzin)

C'est dans le cadre des Nuits Sonores 2016 que le trio originaire de Chicago a décidé (ou eu la possibilité) de faire une halte dans les environs de Lyon pour sa tournée européenne. Avec seulement trois dates en France pour cette tournée de deux semaines, on pouvait s'estimer heureux de voir passer Russian Circles en province, la capitale elle-même n'étant pas sur le carnet de route du groupe américain.

C'était le 5 mai 2016 à l'Epicerie Moderne de Feyzin. Un peu excentré du cœur de la capitale des gaules, cette salle à la capacité d'accueil appréciable s'avère être une concurrente directe du CCO de Villeurbanne avec ses gradins permettant à certains spectateurs de profiter de concerts en étant assis. Dommage que sa situation géographique n'en facilite pas l'accès. Mais revenons à nos moutons et à cette curieuse programmation d'un groupe de Métal et Post-Rock dans le cadre des Nuits Sonores, festival réputé pour ses soirées Electro. Une curiosité plutôt bienvenue pour tous les fans du genre puisque le prix de la place était, de ce fait, plus que raisonnable. Aucune excuse, donc, pour ne pas faire le trajet et profiter des américains sur une scène leur offrant bien plus de place que nécessaire !

Deux Boules Vanille8 aux Nuits Sonores 2014 © Le Progrès
Pour ouvrir cette soirée, ce sont les deux lyonnais de Deux Boules Vanille (Site Officiel) qui ont été choisis. Une façon de rappeler que les Nuits Sonores sont avant tout un événement axé sur les musiques électroniques, le duo proposant un spectacle atypiques, tant pour les yeux que pour les oreilles. Sur scène, deux batteries et de gigantesques consoles (tout est relatif, mais à l'heure où tout est miniaturisé, ces machines semblent étrangement volumineuses) pour leurs synthés branchés aux kits et déclenchant un son à l'impact des baguettes. C'est surprenant et atypique visuellement et ça ne l'est pas moins au niveau du son. Le duo joue vite, mitraille même, mais le choix des sonorités peut déconcerter. Difficile de dire à quoi cette musique ressemble. Entre la musique de jeux vidéo, la Techno, la fanfare ou la samba parfois, le Dub Electro ou même tout ce qui touche au Grindcore, on a là un étrange mélange qui fait danser certains, laisse d'autres plutôt dubitatifs et rend les derniers totalement insensibles. Il faut admettre que niveau musicalité, on a connu mieux. Les morceaux sont relativement courts ou, au contraire, paraissent interminables. Tout dépend de ce que l'on peut ressentir aux sonorités qui sont proposées. Quoiqu'il en soit, c'est singulier et cette curiosité est bienvenue dans un festival comme les Nuits Sonores. Et comme Russian Circles, musicalement, ça n'a rien à voir, le contraste permet de ne tout simplement pas pouvoir comparer les deux formations. Tant mieux : les habitués du son de "teuf" auront pris leur pied sur cette première partie aux allures de "fête tribale électronique", tandis que les autres auront découvert les deux lyonnais tout en attendant sagement la suite.


C'est ensuite l'entracte. L'Epicerie Moderne a cet avantage de bénéficier d'un parking, d'un carré de pelouse et d'un bar pour profiter au mieux des conditions de ce début de soirée de mois de mai avec soleil et températures plus qu'agréables. Tout le monde boit sa mousse en patientant gentiment, dans la joie et la bonne humeur. Il faut dire que Russian Circles n'est pas le genre de groupe qu'on vient découvrir ou sur lequel on vient se déchaîner en sautant partout mais bel et bien celui qu'on vient admirer - en silence et dans le calme - pour sa justesse et sa précision sur scène. Malgré une reconnaissance mondiale dans le Post-Rock et Post-Métal instrumental, ces gars-là arrivent encore à passer pour des anonymes, Mike Sullivan se mêlant à la foule avant l'ouverture de la salle pour Deux Boules Vanille sans que personne ne vienne l'importuner. Ou alors est-ce seulement une forme de respect de la part d'un public qui n'est pas là pour se prendre en selfie avec les artistes ou obtenir d'eux une signature mais venu pour simplement apprécier leur travail sur scène ? Peut-être les deux.

Russian Circles sur scène © Sargent House / Andrey Kalinovsky
C'est enfin l'appel : tout le monde se dirige tranquillement vers les portes pour pénétrer dans la salle, sans précipitation ni bousculade. Ce mouvement de foule a des airs de procession, comme si se presser pour avoir une place au plus proche de la scène n'avait aucun intérêt et gâcherait le plaisir de l'instant. On prend tranquillement place dans la fosse qui malgré le fait d'être bien remplie permettra à chacun d'avoir suffisamment d'espace autour de lui pour profiter du concert dans des conditions optimales. Il faut dire que la salle de l'Epicerie Moderne est relativement grande et permettrait d'accueillir un public beaucoup plus important que celui présent ce soir-là. Preuve que le Métal est encore loin de faire l'unanimité dans l'Hexagone. Mais, dans un sens, tant mieux pour nous tous qui étions présents. Le trio arrive sur scène sous un tonnerre d'applaudissement et entame son set dans le silence. Un silence rapidement rompu par les quelques notes d'introduction de "309" - extrait de l'album Empros sorti en 2011 - et son rythme soutenu. Pas le temps de se plonger doucement dans l'ambiance : on rentre dans le vif du sujet dès le début du set. Un set qui n'offrira que peu de répit tant la setlist sera chargée en morceaux pouvant être considérés comme faisant partie des plus bourrins de la discographie du groupe. Une certaine violence jusque dans le son : Russian Circles n'a jamais eu pour habitude de jouer mezzo forte mais plutôt forte, voire fortissimo. On a les tripes qui vibrent aux larsens de la guitare de Sullivan et Dave Turncrantz est contraint de changer une cymbale dès la fin de ce premier morceau. Il faut dire que le bonhomme ne ménage pas son kit et exploite au maximum son matériel. Le groupe jouera ensuite des titres de tous ses albums sauf Enter, premier effort apparemment boudé lors de cette soirée. S'enchaîneront "1777", "Harper Lewis", ou encore "Geneva" (parmi d'autres) mais aussi deux nouveaux morceaux dont le fameux "Vorel" avec lequel a débuté la promotion du prochain album. Un album qui sortira le 5 août 2016 et répondra au nom de Guidance, toujours chez Sargent House.


Comme toujours, Russian Circles impose le respect. Tout est parfaitement maîtrisé, des balances au moindre loop ou larsen exécuté à la perfection face aux enceintes placées sur scène. Ces gars-là sont tout simplement des monstres de justesse et malgré un volume excessivement fort dans la salle, on en sort sans acouphène notable. Tout était parfaitement audible et chaque passage solo (qu'il s'agisse d'un duo basse/batterie ou de notes au tapping à la guitare) facilement identifiable au milieu de ce qui peut sembler n'être que du bruit pour le premier néophyte venu. Malgré une exécution d'une justesse difficilement critiquable, les trois musiciens rappelleront tout de même ce soir-là qu'ils ne sont que des hommes et non pas des machines lorsque le lancement d'un morceau ne sera pas suivi par tout le monde. Grands sourires sur scène et une humilité bien réelle que le public n'aura aucun mal à ressentir. Un court instant de malaise, quelques brèves excuses et tout repart sans aucun souci, l'alchimie qui existe entre ces trois là - qui doivent se connaître par cœur - reprenant rapidement le dessus. Ce genre de petit moment qui permet à un groupe - dont les yeux sont plus souvent braqués sur leurs instruments et leurs pédales à effet que sur le public - de pouvoir échanger avec la foule quelques regards et communiquer quelques émotions dans un sourire sincère.

Le set aura duré environ une heure et quart. C'était fort, c'était bien bon et ça faisait plaisir de revoir Russian Circles sur scène avant la sortie d'un nouvel album (voir le Live Report de 2013 du concert à Paris). Une soirée largement rentable tant le prix de la place était indécemment bas et qui aura permis de découvrir Deux Boules Vanille. Fort sympa, donc.

Merci à l'organisation des Nuits Sonores d'avoir placé Russian Circles dans sa programmation et ce à un prix très raisonnable. Merci à Nesrine et Solène de m'avoir accompagné tout au long de la soirée ainsi qu'aux personnes croisées sur place pour partager un bon moment de concert, une discussion ou quelques gorgées de bière.

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