01/02/2016

[Album] Checkmate : "Immanence"

Artiste : Checkmate
Album : Immanence
Premier Album
Sortie : 2013
Genre : Métal Moderne, Post-Hardcore, Métalcore
Label : Klonosphere / Season Of Mist
Morceaux à écouter : Invictus, Blank Page, Fragments
♥♥♥(♥)
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De qui on parle ? De cinq mecs originaires de Paris et qui envoient la purée. Checkmate fait partie de ces groupes français qui sont là, tapis dans le noir, cachés par toute une tripotée d'artistes sévissant sur les ondes radiophoniques et qui, comme beaucoup d'autres groupes de la scène Métal française, en imposent pourtant par leur style et leur musique. Voilà donc un groupe qui mériterait d'être davantage pointé du doigt parce qu'il y en a "sous le capot", comme on dit. Rien que l'objet qu'est ce disque mérite d'être possédé : à l'ouverture, une pochette en carton façon livre pop-up qui libère une galette avec élégance, comme un diamant dans son écrin. Le packaging est travaillé et on sent qu'il y a de la recherche derrière, surtout que le titre de l'album, Immanence, en dit long sur son contenu (petite explication ici). Et ça n'est qu'un aperçu de ce que nos oreilles ont à découvrir lors de l'écoute.

Musicalement, ça donne quoi ? Checkmate n'y va pas par quatre chemins et rentre directement dans son sujet avec un premier morceau de plus de six minutes ("Days Slip By"). Pas de pièce d'introduction mais une lente montée en puissance avec quelques notes de guitare presque mélancoliques qui rappellent étrangement "Sulfur", un morceau paru sur Something In Us Died, le premier album de Lòdz sorti quelques mois plus tard lui aussi chez Klonosphère et Season Of Mist. Bref. Sauf que dès que la machine est lancée, Checkmate s'avère être un véritable rouleau compresseur. Comme si, au déballage de cette galette, c'était la boîte de Pandore qu'on avait ouverte. Les parisiens ont le riff épais et qui matraque, une double-pédale qui n'est pas avare et surtout une voix qui ne faiblit pratiquement pas, qui ne s'autorise aucune pause et presque aucun chant clair (et encore, quand il y en a, celui-ci est singulier). Une voix sans détour, franche, directe, qui plaît définitivement à tous les férus de Métal. Une puissance où chaque élément va dans le même sens : vite, fort, et bien. Car bien que tout cela semble bourrin au possible (on en prend encore davantage en pleine tronche avec "Fake Golden Kingdom", le second morceau de l'album), il y a une finesse dans les lignes de guitare solo qu'on entend luire en filigrane d'un combo rythmique basse/batterie ravageur. Les points forts de cet album sont nombreux et malgré une forme de redondance dans l'approche musicale, on s'accroche à ces quelques finesses permettant d'éviter avec aisance un quelconque ennui. Ainsi, c'est sans broncher qu'on enchaîne sur un "Invictus" (qui profite d'ailleurs d'un clip) à l'efficacité imparable et au refrain jouissif, avec toujours ces notes de guitare solo qui apportent une touche de lumière au milieu des riffs à l'épaisseur et la noirceur palpables. On a tout de même droit à une pause sur cet album, pour souffler, avec "Moving Backwards...", cette minute d'ambiance à la poésie dérangeante malgré tout. Et que dire de "Blank Page", avec son intro et son duo basse/batterie ou son bridge mélancolique ? Et c'est bien là toute la force de Checkmate : on n'a pas grand chose à dire tant les passages instrumentaux minutieux parlent d'eux-mêmes en contribuant à faire passer le message, l'énergie et les sentiments parfois sombres jusqu'aux oreilles de l'auditeur qui en prend définitivement pour son grade. On soulignera d'ailleurs la présence d'un morceau instrumental qui en ravira sans aucun doute plus d'un ("Fragments").

Un album de Métal ? La question paraît légitime et la réponse d'autant plus évidente sauf qu'il y a un "mais". D'abord, le fait que la bande refuse de se faire coller cette étiquette sur le dos et aussi que sa musique ne rentre dans aucune case. On reconnaît là du Métal bien bourrin, progressif sur les bords mais qui fricote bien souvent avec le Métalcore et du Hardcore/Post-Hardcore des plus nerveux. En ce sens, la musique de Checkmate s'avère être effectivement moderne et le traitement des instruments rappelle celui des nantais d'Ellipse, autre groupe français à l'identité forte et au style bien personnel, mais beaucoup plus mélodique que les parisiens. Pour faire court : il faut sans doute beaucoup aimer le Métal pour savoir apprécier à sa juste valeur cet album qu'est Immanence.

Qu'est-ce que ça raconte ? C'est là que les choses se compliquent. Le fait même de baptiser cet album "immanence" ne va pas nous faciliter la tâche pour cerner toutes les idées distillées dans les textes. Premier point : ceux-ci sont en anglais mais lorsqu'on veut pouvoir vivre de sa musique et s'exporter plus facilement, c'est un point légitime même si ça ne facilite pas sa compréhension par le "peuple gaulois". Le livret fourni avec la galette comporte néanmoins les textes et on peut toucher du doigt ce qui fait vibrer nos amis parisiens. Le concept même d'immanence faisant référence au processus de création, il y a de quoi s'imaginer la mise en abîme qu'est cet album pour les artistes ayant travaillé à sa réalisation. Dans "Days Slip By", on nous parle de cette impression de voir défiler les jours sans y trouver de sens, de raison de vivre. Et on apprend quelque part que Julien (chant) a écrit ce morceau suite au décès de son cousin... Décidément, on baigne dans la joie ! Notons aussi que le titre "Invictus" est en fait un poème de William E. Henley écrit en... 1875. On est ici face à un très beau travail d'interprétation musicale qui en dit long sur les références littéraires des membres du groupe. Le reste est du même acabit : entre réflexion sur le soi, sur le sens des choses et de ses propres choix, de la vie... Tant de sujets à la portée philosophique qui peuvent toucher chacun d'entre nous un jour où l'autre. Des textes parfois durs ou difficiles à interpréter mais qui montrent le travail qu'il y a derrière. Et tout cela, bien qu'il soit transcrit dans la langue de Shakespeare, arrive à nous toucher. Du beau boulot.

Du lourd. Cependant, pour tous ces points cités plus haut, cet album est un véritable pavé musical : lourd, dense, et dur. Trop peut-être. Certains diront que la démarche est prétentieuse mais on sent qu'il y a tout simplement une volonté de faire les choses bien et une vraie franchise derrière. De ce fait, cet Immanence n'apparaît pas comme des plus accessibles mais c'est sans doute ça qui fait son charme en plus d'élever Checkmate au rang de groupe à réserver au plus aguerri des publics... ou aux simples amoureux du genre musical dans lequel il évolue. Beaucoup de gens y trouveront leur compte mais ce n'est sans aucun doute pas tout le monde qui digérera cette galette dans son intégralité, dans son ensemble.

Un album qui en impose. Checkmate livrait donc là un premier album "burné" et ambitieux, très bien réalisé, et taillé pour la scène. Le fruit d'un travail réalisé avec amour par des musiciens habitués aux prestations Live et qui donne finalement un disque bien foutu, jusque dans l'objet. C'est grand, ça force le respect et bien qu'il soit assez difficile de digérer cette galette d'une seule traite, on passe un très bon moment. Et quand c'est français, on ne peut qu'éprouver un peu de fierté que d'avoir des groupes comme ça chez nous.

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