10/08/2012

[Album] Defeater : "Travels"

Artiste : Defeater
Album : Travels
Premier Album
Sortie : 2008
Genres : Hardcore Mélodique, Punk Hardcore, Post Hardcore
Labels : Bridge 9 Records, Topshelf Records
Morceaux à écouter : Everything Went Quiet, The City by Dawn, Cowardice
♥♥♥♥
>Ecouter l'album sur Grooveshark<

Nous avons la chance de vivre dans un monde grouillant de choses qui, pour certaines, nous resteront inconnues jusqu'à la fin de nos jours. Il se trouve que j'ai au moins eu la chance de tomber sur Defeater avant de trépasser et je remercie la personne qui m'a indirectement fait découvrir ce groupe. Un groupe de Hardcore de plus, mais en apparence seulement. Il se trouve que la baffe prise avec ce premier album a été intense et que cette découverte reste l'une des meilleures que j'ai faites cette année. Le groupe, originaire du Massachusetts, existe depuis 2004 mais prend le nom de Defeater en 2008 après quelques changements de line-up.

Ceux qui me lisent savent que je n'ai pas pour habitude de m'attarder sur les textes, surtout s'ils ne sont pas français. Le problème ici est qu'il est presque nécessaire de décortiquer chaque pièce de cet album pour bien comprendre le sujet et surtout l’œuvre dans son intégralité.

Dès la première écoute cependant, la musique en elle-même suffit à captiver l'auditeur. En effet, Defeater fait du Hardcore, mélodique de surcroît, mais d'une façon que je n'avais pas encore eu la chance d'écouter avant. Riches et complètes, les compositions sont d'une intensité rare, épaisses, un condensé d'énergie brute et brutale où chaque instrument ne faiblit quasiment jamais, à l'exception de quelques bridges courts et bien sentis donnant un peu de répit aux guitares, à la voix ou à la basse, la batterie donnant toujours le ton et le rythme ("Everything Went Quiet"). Un Hardcore complet et surtout original qui trouve quelques influences Post Rock et Post Hardcore par-ci par-là, notamment en fin de certaines pièces qui se terminent par des passages instrumentaux ("The City by Dawn"). Mais ce qui fait la force de Defeater, c'est une émotion palpable, quelque chose de malsain et dérangeant que nous possédons plus ou moins à l'intérieur de nous. Quelque chose de viscéral qui marque et dont il est assez facile de s'imprégner tant le travail de composition est ici recherché et pointilleux.

Un album qui prend aux tripes, donc, et la voix de Derek Archambault y est pour beaucoup. Cette voix qui déglutit des textes noirs, glauques et sales parfois avec pratiquement aucun "gang vocals" (on est très loin ici de Raised Fist ou Comeback Kid au niveau du chant). Une émotion palpable à chaque phrase, comme si Derek s'imprégnait de ses personnages pour littéralement les jouer sur scène. Oui car voilà, "Travels" est ce qu'on appelle un "album concept" : un truc qui s'écoute comme on lirait un polar ou plutôt une sombre fresque sociale dans le cas présent (je pense directement à quelque chose proche de "Germinal" ou "Seul Contre Tous", allez savoir pourquoi...). Pas de rimes marquées, pas de construction déterminée mais plutôt une lecture orale de récits profondément sociaux et tout droit sortis des plus banals et tristes faits divers qu'on pourrait trouver dans un journal. Il suffit d'ailleurs de lire l'intégralité des textes pour voir qu'il ne s'agit que de pavés de phrases mises bout à bout, comme des chapitres d'un livre qu'on découvrirait, page après page, morceau après morceau. Tout y passe : le meurtre ("Forgiver Forgetter"), l'alcool, la religion ("Cowardice"), un enfant non désiré ("Blessed Burden")...

Pour tout ça, Defeater signe là un album dense, condensé et complet mais ces points forts deviennent ses points faibles pour les auditeurs qui auraient préféré une architecture de morceaux plus "académique", avec refrains et couplets bien délimités et audibles. "Travels" est donc un disque à part, qui marque les esprits et les oreilles, mais que certains ne pourront pas digérer pour les mêmes raisons qui font que les autres adoreront. Il n'en reste pas moins notable que le travail entrepris ici est remarquable, et tout aussi éprouvant, et mérite qu'on y jette (absolument) une oreille, voire deux.

Attention, une expérience dont on ne sort pas indemne...

Merci à Mélo pour cette découverte.

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