01/12/2015

[Album] Exotype : "Exotype"

Artiste : Exotype
Album : Exotype
Premier Album
Sortie : 2014
Genre : Métal Moderne, Métal Electro
Label : Rise Records
Morceaux à écouter : Wide Awake, Break The Silence, Nanovirus
♥♥(♥)
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De qui on parle ? Après un EP sorti en 2012 et permettant au groupe de pouvoir émerger sur la scène Métal américaine (Emerge, émerger... vous l'avez ?), Exotype était de retour en 2014 avec un premier album signé chez Rise Records. Emerge nous avait proposé un Métal ultra gras appuyé par du Dubstep plus ou moins bien incorporé et on pouvait espérer la même chose en un peu mieux produit avec ce premier effort éponyme. Mais ce qui faisait la force d'Exotype à ses débuts, c'était justement ce côté un peu casse-gueule et dégueulasse de ces synthés omniprésents et bruyants. Il y avait donc une chose à craindre : que le groupe perde cette fameuse identité en signant sur un label ayant déjà un répertoire bien rempli avec des groupes comme Of Mice & Men, The Devil Wears Prada ou encore Memphis May Fire dont la direction musicale semble clairement orientée en coulisse... Et le constat se fait rapidement : Exotype s'écoute beaucoup mieux désormais, mais a énormément perdu en saveur.

Les mêmes ingrédients musicaux ? Alors que retrouve-t-on dans ce fameux premier album ? Comme tout groupe de Métal - peu importe son dérivé -, Exotype fait dans le bourrinage d'oreille à base de grosses guitares, batterie à double-pédale et tout ce qui va avec. Mais comme les années 2000 sont désormais bien loin derrière nous, il est d'usage aujourd'hui de faire ça avec une production survitaminée qui fait sonner la caisse claire d'une façon presque synthétique et d'ajouter des sonorités Electro un peu partout. On ne tombe cependant pas dans le fourre-tout Electronicore mais on n'en est pas loin non plus. Le résultat est donc dense et arrive dans les oreilles comme une décharge de sulfateuse. Bruyant, vous avez dit ? Peut-être. En tout cas, pour certains, c'est évident. "Stand Up" ouvre donc le bal avec ses gros sabots et on est directement dans le vif du sujet. La suite va même encore plus loin avec "Wide Awake" et ses couplets ultra-violents appuyés par la participation de Chad Ruhlig (de chez For The Fallen Dreams), histoire d'en remettre une couche. Malgré tout ce bruit et cette violence, on notera pourtant la capacité de Steven McCorry à chanter sans hurler, parfois, et ce d'une façon plutôt appréciable car ne tombant pas dans le ridicule qu'on retrouve souvent chez la seconde voix de certains groupes de Post-Hardcore. On apprend à mieux connaître cette voix claire dès le troisième morceau "Break The Silence" au refrain très entêtant. Notons aussi un étonnant (court) passage de gang vocals sur "Breathe Me In" où "Save us all !" est repris avec un ferveur rappelant du bon vieux Hardcore ou Métalcore. Pour ce qui est de l'Electro, les sonorités Dubstep sont toujours un peu partout, beaucoup moins oppressantes mais toujours audibles, notamment dans les intros ("Red Pulse"). Si on ajoute à cela une influence Rapcore sur certains couplets (sur "Nanovirus" notamment), on a donc une sorte de pot pourri musical dont la ligne directrice est pourtant tenue tout au long de l'album. Un morceau sort pourtant du lot et il s'agit du dernier titre de l'album : "Illuminate". Un morceau qui fait évidemment penser à ce que Korn avait expérimenté sur son dixième album The Path Of Totality en 2011 mais qui rappelle aussi qu'on doit souvent ce genre de production à l'intervention d'un DJ extérieur au groupe (Inukshuk dans le cas présent). On soulignera au passage l'étrange ressemblance entre le "X" du nom du groupe et le symbole d'Excision, producteur bien connu dans le milieu. Ce premier album est donc un album de Métal mais aux influences multiples et aux orientations électroniques assumées qui lui valent ce côté "moderne", dirons-nous.

Une perte d'identité ? Pas tant que ça, finalement. Les ingrédients cités ci-dessus étant finalement les mêmes que sur l'EP Emerge. Le seul hic, c'est évidemment ce "lissage" opéré par la production. Parce qu'il faut vendre et que pour ça, il faut faire en sorte que ça plaise. Il fut un temps où Exotype sortait des sentiers battus, faisait de la musique à peine audible et déplaisait à un paquet de gens - il faut bien le reconnaître - mais force est de constater que sur ce premier album, à l'exception peut-être de "Wide Awake" et "Nanovirus" (qui est d'ailleurs bien différent de sa version démo), on est bien loin de ce que le groupe pondait deux ans plus tôt (voir "Kilo" par-exemple). Certains morceaux ont même si peu d'originalité qu'ils en deviennent fatigants par leur manque de consistance ("Red Pulse" avec son refrain mielleux ou "Familiar" et ses riffs sans saveur). En cela, Exotype n'a pas tant perdu en identité qu'il a perdu en originalité, l'ensemble se démarquant beaucoup moins de ce qui se fait ailleurs ou que ce qui avait été proposé sur Emerge.

Concernant les textes ? Contrairement à Excision (cité plus haut) où l'entité robotique (personnification de la musique électronique, sans doute) est bien mise en avant (voir le visuel de l'album X-Rated par-exemple), Exotype se penche davantage sur l'Homme, comme le souligne le visuel de ce premier album. Un rapport à la technologie déjà traité sur Emerge et qui se retrouve ici dans ce fameux mélange de Métal et de sonorités Electro/Dubstep. Malgré cette intention, il n'en ressort rien de bien profond même si on sent une volonté de faire passer un message ("I am the fist who will defend the weak" sur "For Those Afraid To Speak"), l'ensemble paraît beaucoup plus festif que moralisateur. Dommage car le sujet et l'identité d'Exotype pourraient proposer quelque chose de très actuel, l'Intelligence Artificielle commençant à faire débat, notamment depuis les propos de Stephen Hawking sur le sujet. Des propos qui auraient toutefois pu inspirer un titre comme "Wide Awake" ("Probable calculations suggest the imminent destruction of the human race").

Une once d'espoir. Difficile d'exprimer un ressenti clair, net et précis tant les sentiments suscités par ce premier album sont divergents. Disons simplement qu'Exotype et Rise proposaient là une sorte de blockbuster musical. Comme si cet album était à la musique ce qu'un Transformers de Mickael Bay est au cinéma : un produit bien arrangé et explosif mais qui manque cruellement de saveur, la forme prenant largement le dessus sur le fond. Cela dit, le potentiel est réel et Exotype profite d'une identité qui ne mérite qu'à être correctement exploitée tout en ayant la chance d'avoir un chanteur qui se démerde pas trop mal. Reste plus qu'à voir si le groupe saura faire ressortir tout ça sur un possible prochain album.

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