15/12/2016

[Live Report] While She Sleeps + Blood Youth (Warmaudio - Décines/Lyon)

Retour sur la soirée Métalcore du lundi 31 octobre 2016 au Warmaudio. Et c'est avec une étrange impression que les souvenirs de ce concerts remontent. Des souvenirs partagés entre plaisir intense et goût amer, ce goût si particulier d'une soirée inachevée.

Les britanniques de While She Sleeps étaient en pleine tournée européenne et après avoir joué un peu partout en France et fait quelques dates en Espagne, la bande originaire de Sheffield faisait une dernière escale dans l'Hexagone, à Lyon, avant de se diriger vers l'Europe de l'Est. Un bien beau cadeau pour les amateurs de Métalcore puisque la première partie était en plus assurée par Blood Youth, formation émergente qui était déjà venue à Lyon pour le LongLive RockFest en mai 2016. Deux groupes et un Warmaudio quasiment plein : tout s'annonçait bien pour passer une excellente soirée.

Kaya Tarsus © Lukas Guidet
Blood Youth, c'est un peu l'exemple parfait de cette nouvelle vague de Hardcore moderne avec ce petit quelque chose de particulier qu'on suppose être la "sauce britannique". Avec un son et des riffs qui rappellent facilement des groupes comme Beartooth (un exemple parmi tant d'autres), le quatuor originaire d'Harrogate a su se faire remarquer avec deux EPs foutrement bien produits qui passent comme une lettre à la poste (chez Rude Records, un label où on retrouve des noms comme Attack! Attack!, Cancer Bats ou Senses Fail, entre autres). Avec une gueule d'ange et une voix maîtrisée, le chanteur Kaya Tarsus n'a évidemment pas mis longtemps à faire remuer la fosse du Warmaudio. Malgré une allure un peu différente, j'ai comme l'étrange impression de découvrir la version Hardcore de Josh Friend, l'un des deux frangins à la tête du groupe Modestep. En ce qui concerne la verve et l'énergie dégagée par la musique de Blood Youth ainsi que la présence scénique des gaillards, c'est davantage à un autre jeune groupe britannique que mes pensées se tournent : The One Hundred, qui évolue dans un genre très électronique et qui vient tout juste de signer chez Spinefarm Records en cette fin d'année 2016. Bref. Les quatre compères de Blood Youth mettent le feu en déballant tous les tubes de leurs EPs : une ouverture sur "Mood Swing", puis des titres comme "24/7" et "Cold Sweat" avec en conclusion "Closure" et "Failure", deux titres qui profitent d'ailleurs de clips.

Chris Pretchard © Lukas Guidet
Le set est très bien exécuté, l'énergie est communicative et on regrette de ne pas être au taquet concernant les textes car la hargne et certains refrains ultra catchy balancés par les quatre gus sont un vrai régal en Live. Sur scène, le spectacle vaut donc le coup d’œil et mérite clairement un public à la hauteur de ce Hardcore Mélodique très moderne, chose que la populace présente ce soir-là a su offrir du mieux qu'elle pouvait. La fosse a été très réceptive même si la descente de Kaya au milieu du public aurait sans doute mérité un accueil encore plus chalheureux avec un porté en slam pour couronner sa prise d'initiative, par-exemple. Il faut toutefois reconnaître que Blood Youth reste une formation relativement jeune et que la grande majorité du public ce soir-là s'était déplacée pour voir While She Sleeps. Malgré un Warmaudio déjà bien plein pour cette première partie, c'était comme toujours un peu délicat de mettre là fosse à feu et à sang dès le début de soirée. Qu'à cela ne tienne, c'était bien cool et on n'espère plus qu'une chose, c'est que Blood Youth soit de retour bientôt en France pour que le public balance à ce groupe toute la reconnaissance qu'il mérite.

Seul petit bémol : le sampling de nombreuses lignes solo à la guitare, ces dernières ne pouvant pas être jouées à cause de l'absence d'un second guitariste (Sam Bowden ayant quitté le navire en 2015 pour rejoindre les rangs de Neck Deep).


Sont ensuite montés sur scène les cinq mecs de While She Sleeps, poids lourd du Métalcore britannique et groupe désormais incontournable de la scène mondiale après dix ans de carrière. C'est avec un unique EP que la formation a débuté son aventure pour ensuite pondre deux albums au son et à la composition d'une efficacité redoutable. Autant dire qu'avec les tubes accumulés sur ces deux galettes, la soirée promettait d'être violente et d'une ambiance bouillante.

Loz (While She Sleeps) © Lukas Guidet
C'est avec un t-shirt bien kitchounet présentant une énorme tête de loup que Loz se présente sur scène accompagné de ses quatre compères musiciens. La bande donne l'impression d'être au taquet et entame son set avec le très engagé "Brainwhashed" qui donne son nom au dernier album en date du groupe sorti en 2015. Il n'en faut pas davantage pour retourner l'ensemble de la salle du Warmaudio qui se montre plus que réceptive, comme si ces gars-là étaient venus donner la messe Métalcore en cette soirée d'Halloween. Brainwashed s'avère être un album concentrant des textes dits "conscients" où il est question de politique, religion et autres problèmes économiques ou sociaux. L'auditeur y est appelé à réfléchir, penser par lui-même et passer à l'action. C'est revendicateur et surtout fédérateur : la salle reprend en chœur les textes avec une ferveur qui donne la chair de poule. Et c'est exactement ce qui fait la force de ces concerts à l'esprit Punk Hardcore : des textes enregistrés bien souvent à grands renforts de gang vocals facilement repris par le public lors des prestations scéniques. Un truc qui donne à cette musique toute sa force en Live et surtout son réel intérêt. C'est fraternel et tout le monde communie autour d'artistes venus jouer leur musique et faire passer un message, qu'il soit sérieux ou davantage festif. While She Sleeps ne lésinera pas sur ce genre de pièces : "Death Toll" et son intro puissante, "This Is The Six" qui honore les fans du groupe et ravit surtout les fans de la première heure, "Trophies Of Violence" et son énergie dévastatrice, et un "Four Walls" bien placé en clôture. Comme extrait de son nouvel album prévu pour début 2017, While She Sleeps jouera "Civil Isolation", seul morceau à avoir été présenté au public (sur Youtube) au moment de cette soirée.

Loz fait participer le public © Lukas Guidet
Alors, évidemment, il n'y a pas grand chose à reprocher à ces mecs-là sur la qualité de la prestation : tout est carré, les lignes solo sont placées comme il faut et ça joue de façon impeccable. Chaque membre laisse transparaître une véritable joie d'être sur scène et de jouer sa musique. C'est très plaisant à voir et Loz a beau montrer quelques signes de faiblesse, le bonhomme donne tout ce qu'il a pour que la fosse passe la meilleure soirée possible, laissant le public reprendre ses textes, faisant passer le micro de bouche en bouche et se mettant à genoux ou se roulant par-terre en hurlant. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le show est vivant. Les titres s'enchaînent de façon assez rapide - un peu trop d'ailleurs -, mais ça n'empêche pas le groupe d'improviser un concours de déguisements d'Halloween entre deux morceaux, certaines personnes dans le public s'étant déplacées en costume pour l'occasion. Loz se jettera même dans la fosse quelques instants plus tard sur "Seven Hills" avant d'inviter Kaya à chanter en duo sur "Crows", rappelant que les deux formations se sont rapprochées de façon évidente lors de cette tournée (Blood Youth ne manquant pas de remercier les membres de While She Sleeps pour leur bienveillance sur les réseaux sociaux, souvent avec humour). La fin du set se déroule dans un débordement d'énergie dévastatrice qui envahit la fosse, "Four Walls" chauffant définitivement la salle à blanc.

Oui mais voilà, comme on dit souvent, les bonnes choses ont une fin. Et il en faut parfois peu pour faire littéralement chuter l’ascenseur émotionnel. Car c'est avec une cruelle absence de rappel que s'achève cette soirée, plongeant la salle du Warmaudio dans l'incompréhension. On apprendra plus tard que Loz souffrait de problèmes de santé ce soir-là, ou tout simplement peut-être de fatigue à cause de la tournée. Dans tous les cas, cette date sur Lyon semble avoir été un peu passée à la trappe par les membres des deux formations, notamment sur les réseaux sociaux où n'apparaissent pas (ou quasiment pas) de clichés ou vidéos de cette soirée. Peut-être a-t-on payé le prix d'avoir été les derniers servis dans l'hexagone ? Ou les gars avaient-ils un peu trop forcé les jours précédents ? Tant sur les festivités que sur scène ? Difficile à dire. Mais une chose est sûre : c'était franchement cool de voir ces deux groupes en Live. Toutefois, lorsque qu'un concert pareil ne repose sur les épaules que de deux formations seulement, un rappel pour la tête d'affiche semble légitime pour faire durer un peu le plaisir. On n'aura donc pas eu droit à quelques autre morceaux supplémentaires qui auraient pourtant été accueillis avec grand plaisir. Pas de "Dead Behind The Eyes", "Until The Death" ou encore "Method In Madness". Immense tristesse.


Mais consolons-nous quand même en nous rappelant d'avoir eu la chance de voir passer ces deux groupes dans le coin pour cette tournée. Merci à School's Out Production pour l'organisation de cette soirée qui a quand même été un putain de plaisir : une bonne suée, quelques courbatures le lendemain et une extinction de voix, c'était tout ce qu'on pouvait attendre de ce concert. Et c'est ce qu'on a eu, ou du moins, ce qu'on pouvait avoir. Nickel.

Remerciements particuliers à l'asso, à la salle du Warmaudio, à Fabien pour m'avoir accompagné à cette soirée. Les crédits photo vont tous à Lukas Guidet (merci à lui) et vous pouvez aller voir le reste de l'album de cette soirée via sa page Wix.

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