27/04/2017

[Album] Lòdz : "Time Doesn't Heal Anything"

Artiste : Lòdz
Album : Time Doesn't Heal Anything
Deuxième Album
Sortie : 2017
Genre : Post-Métal, Post Rock sombre
Label : Klonosphere, Season Of Mist
Morceaux à écouter : The Sound Of Deceit, Nothing Else To Do, Everything Is Fine
♥♥♥(♥)
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Renaissance. Après la bonne surprise qu'était le premier EP sorti en 2011 et la confirmation d'une direction musicale claire mais néanmoins balisée avec le premier album de 2013, Lòdz s'est fait discret pendant un bon paquet d'années. Le rite de passage que représente un second effort au format long est quelque chose de toujours compliqué pour un groupe. Et c'est encore moins évident lorsqu'il faut faire avec un changement de line-up et revoir le travail de composition en tant que bande en y incluant un nouvel élément. Ce changement, c'est Olivier - déjà guitariste chez Aesmah - qui l'incarne en ayant rejoint le groupe au cours de l'année 2015. En ce sens, Lòdz n'est plus vraiment le même combo que celui qu'on avait connu et ce nouveau départ, bien que visible grâce au lumineux artwork de ce nouveau disque, est surtout audible.

Massif. Huit titres. Pas plus. Pas moins non plus car pas d'interlude ou de court morceau faisant office de pause cette fois. Lòdz livre ici un véritable bloc, encore plus imposant que son prédécesseur, où les compositions s'étalent comme toujours sur de nombreuses minutes. Une sorte d'épais recueil qui regorge cependant de nuances dont le charme s'exprime à travers de fines lignes éthérées ou davantage brillantes posées sur des fondations toujours aussi lourdes qui caractérisent la musique des lyonnais. La production est elle aussi imposante : enregistré par Fabrice Boy et avec Nick Zampiello au mastering, cet opus pèse dans la balance grâce au traitement des instruments (que dire de cette batterie à l'immense présence et à la spatialité des nappes de guitares ?). La barre a donc été mise bien plus haute que sur le premier effort et on sent une volonté de vouloir faire les choses bien et en grand, quitte à faire coexister violence brutale et immense douceur. Et ce contraste musical est bien à l'image du visuel de l'album : la mélancolie, l'élégance et la noirceur se rencontrent, à l'image de ce portrait féminin fondu à une forêt décharnée et à ce bloc noir aux lignes rigides.

Quand la magie opère. Si on pouvait aisément reprocher à Lòdz de ne pas prendre énormément de risques sur son premier album, on peut dire que le groupe à ici fait des (gros) efforts. Alors que Something In Us Died s'imprégnait de grands noms du genre pour en extirper un Post-Métal plutôt rude et à l'identité certes bien réelle mais difficilement lisible, ce Time Doesn't Heal Anything développe des ambiances bien plus riches et différentes au fil des huit morceaux proposés. Le résultat est bien plus appréciable à l'oreille et la mémoire en est marquée en conséquence, surtout grâce au travail effectué sur les bridges, notamment sur les plus longues pièces. Il y a quelque chose de nouveau chez Lòdz, quelque chose qu'on ne connaissait pas au groupe. Qu'il s'agisse d'une véritable volonté profonde d'évoluer ou simplement l'arrivée d'Olivier au sein de la formation, on ne peut que se délecter de cette nouvelle recherche effectuée sur des titres progressifs à souhait comme "The Sound Of Deceit" ou le plus léger "Nothing Else To Do". Si l'alternance entre riffs violents et lignes plus aériennes étaient une sorte de recette légèrement retouchée d'un morceau à l'autre sur le précédent opus, Lòdz effectue ici un véritable grand écart qui permet de mieux cerner chaque titre et de mieux s'en imprégner. Il suffit d'enchaîner deux morceaux pourtant espacés dans la tracklist comme "Negligence" et "Cataract" (sans doute le titre le plus violent composé par le groupe à ce jour) pour en être convaincu. Il y a donc eu énormément de travail pour s'éloigner du fameux chemin que le groupe s'était lui-même tracé avec le premier album. En résultent des passages magiques, presque mystiques, voire carrément épiques comme sur "The Sound Of Deceit" (sans doute la composition la plus intéressante de l'album) ou l'imposant "Everything Is Fine" en clôture de l'album, ce morceau étant introduit par quelques accords et arrangements électroniques délicats sur plus d'une minute et trente secondes, ce qui n'est pas sans rappeler "Close To The Flames" qui concluait magnifiquement le premier effort. Lòdz a donc pris le parti de davantage développer son côté onirique et sa touche progressive dans le travail de composition pour se laisser glisser vers un Post-Rock sombre et épais, et c'était sans aucun doute la meilleure des choses à faire puisque c'est réussi !

Transformation logique. Musicalement, Lòdz a donc amorcé un changement de style mais a surtout modifié son approche. Le groupe a grandi, à mûri aussi et n'a surtout pas pâti de son changement de line-up, bien au contraire. Mais cette évolution ne s'arrête pas à la musique. Comme une étape franchie depuis le colérique Something In Us Died qui semble n'être désormais que le témoin d'une époque révolue, Lòdz est passé de l'amère constatation à la résignation, preuve en est le nom donné à l'album et au morceau accompagné d'un clip qui a assuré la promotion avant sa sortie. Plus évidents encore, les magnifiques "Nothing Else To Do" et "Everything Is Fine" ou le très sombre "Cataract" qui nous rappelle violemment que nous sommes de toutes façons voués à mourir un jour et que nos faiblesses sont induites par notre nature humaine ("Egos blind the souls like cataract..."). Malgré tout, l'acceptation de toutes ces conditions abordées dans l'album amène Lòdz à la conclusion que cela ne nous empêche pas de mener nos vies - aussi tristes soient-elles, et cela non sans sarcasme - et même de relever la tête, car vieillir et apprendre, c'est aussi se battre ("...I'll never be a coward like you").

Un bel album. Avec ce second opus, Lòdz arrive à sortir quelque peu de son univers Post-Métal brut et mélancolique en touchant du doigt quelque chose de davantage atmosphérique et progressif plus proche du Post-Rock. Un bel effort qu'on peut saluer et qui est bien plus agréable à l'oreille, notamment sur certaines compositions qui sortent carrément du lot. Le groupe a peut-être vraiment trouvé sa voie et même si le genre reste un peu difficile à appréhender pour un plus large public, il ne lui reste plus qu'à approfondir son sujet dans cette direction puisque ça fonctionne. Avec ce Time Doesn't Heal Anything, le quatuor fait clairement mentir ceux qui pensaient qu'il se limiterait à son univers développé sur le premier album, preuve qu'en décidant d'évoluer encore, le groupe peut créer bien des surprises !

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