05/04/2017

[Live Report] (hƏd) Planet Earth + Sumo Cyco + Smash Hit Combo (Ninkasi Kao - Lyon)

Improbable. C'est sans aucun doute le mot pour résumer le set des américains de (hƏd) p.e. pour cette date unique en France sur cette tournée européenne 2017.

Si Limp Bizkit a eu droit au Transbordeur et System Of A Down à la Halle Tony Garnier en 2015, c'est au Ninkasi KAO que Higher Education Planet Earth (de son nom complet) a eu droit en cette année 2017. Un concert avec les français de Smash Hit Combo en première partie et les canadiens de Sumo Cyco en guise de hors d'oeuvre. Autant dire que l'homogénéité musicale était loin d'être évidente sur le papier ! Mais rien ne pouvait laisser présager l'énorme erreur que l'ont faisait en admettant que le Rock est la base de la musique de ces trois formations... car (hƏd) p.e. a tout simplement détruit le game ce soir-là en proposant un set à très grosse influence Reggae ! Explications.

Max de Smash Hit Combo © J. Girard
Ouvrir une soirée avec Smash Hit Combo, c'est un peu comme vouloir mettre "la charrue avant les bœufs", comme on dit. La troupe d'alsaciens et lorrains (ou d'autres contrées) ont prouvé depuis quelques temps qu'ils savaient chauffer les salles à blancs et surtout mettre l'ambiance à base de prestations scéniques déjantées et autres happenings parfois surprenants (cosplays, etc.). Les mettre en première partie, c'est à la fois une bonne idée pour tout de suite mettre le public dans le bain d'une bonne soirée mais aussi une idée discutable dans le sens où le groupe mérite vraiment une salle comble et déjà préparée à faire la fête pour être "remercié" pour sa performance. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas Smash Hit Combo et sa musique, il faut bien admettre que le groupe sait se faire plaisir et faire plaisir au public : les gars sur scène interagissent avec les spectateurs et ne se privent pas pour descendre dans la fosse (coucou Max) lorsque les conditions le permettent, sans oublier le fameux vote Nintendo/Sega qui est désormais un rituel. Bref, Smash Hit Combo est un groupe qui mérite d'être vu sur scène, pour le spectacle, pour l'énergie, pour l'ambiance. Lors de cette soirée, on aura droit aux habituels gros tubes qui ont déjà fait leurs preuves et comme le dernier album Playmore est sorti il y a déjà deux ans, il n'était de toute façon pas question ici de mise à l'épreuve ou de tester des morceaux. Non, les alsaciens étaient simplement venus là pour jouer leur musique et passer un bon moment, ainsi que pouvoir partager la scène avec les américains de (hƏd) p.e.. Un vrai "rêve de gosse" d'après Paul, l'un des deux chanteurs du combo. Les incontournables "Baka", "In Game", "Trop Vite", "Toujours Plus" et "Hardcore Gamer" (entre autres) passent comme une lettre à la poste et malgré une salle encore loin d'être pleine, Smash Hit Combo fait le taff. Le public offrira même un circle pit et un wall of death aux gaillards, et ce malgré le peu de monde encore présent. Cerise sur le gâteau pour une première partie : le groupe terminera avec six minutes symboliques d'avance, ce qui lui permettra de jouer un morceau supplémentaire pour le plus grand bonheur des gamers ayant joué le jeu. Les plus téméraires sont déjà transpirants et la température a bel et bien grimpé dans la salle du Kao. Parfait pour enchaîner la soirée.

Thor et Skye de Sumo Cyco © J. Girard
Sont ensuite arrivés les canadiens de Sumo Cyco, dans un style beaucoup moins bourrin (et plus coloré) que celui de Smash Hit Combo. Le quatuor originaire de Hamilton, une bourgade non loin de Toronto, évolue dans un genre difficilement descriptible, sorte de mélange de Punk Rock et Métal Alternatif, le tout porté par un voix féminine (qui rappelle du Whist par moment). Le cocktail est assez unique, ce qui permet au groupe de tirer son épingle du jeu et développer une vraie personnalité. Avec un premier album sorti en 2014 et répondant au nom de Lost In Cyco City (voir sa série de clips-concept), le groupe sortait son second effort le jour-même de ce concert ! Autant dire qu'il s'agissait en fait de la release party de ce recueil baptisé Opus Mar (en écoute intégrale sur Youtube) produit de façon indépendante. Sur scène, les membres affichent une sympathique excentricité ; entre un bassiste (surnommé "Thor") aux airs bourrus mais souriant, à mi-chemin entre un biker et un fier représentant de la scène Hardcore new-yorkaise, un guitariste à la crête décolorée aux faux airs de Wayne Static, et une chanteuse en short ultra court, porte-jarretelles et collants effilés, c'est un peu le carnaval ! Nous ne sommes toutefois pas restés longtemps pour assister à la performance de Sumo Cyco et avons passé la durée du set dehors en compagnie de Max de Smash Hit Combo. Du peu que l'on a pu voir en tout cas, le groupe canadien assure le spectacle, Skye poussant sa voix naturellement sucrée et Pop vers des cris et hurlements impressionnants directement empruntés au genre Métal. Le guitariste participe lui aussi vocalement, ce qui donne droit à une alternance de chants plutôt sympa. Entre le moment où nous sommes sortis et celui où nous sommes rentrés à nouveau, juste avant la fin du set, la fosse qui était plutôt timide et surtout surprise de passer du Death/Rap/Djent-core de Smash Hit Combo à la musique de Sumo Cyco, s'était totalement lâchée pour offrir aux canadiens un accueil des plus chaleureux. Et tant mieux pour eux ! Le quatuor semblait avoir beaucoup donné et était dans un tel état de nage en terminant son set qu'il semblerait qu'on ait loupé une grosse session de sport. Pour ceux qui désireraient découvrir le groupe, allez jeter une oreille (et un œil) aux deux extraits du nouvel album qui profitent chacun d'un clip : "Anti-Anthem" et "Move Mountains" en featuring avec Benji Webbe de chez Skindred.

Jared de (hƏd) p.e. © J. Girard
Mais ceux que tout le monde attendait, c'était évidemment les américains de (hƏd) p.e. Et ce n'est pas une façon de parler que de dire que tout le monde les attendait. En effet, le quatuor s'est pointé à la salle du Ninkasi Kao une dizaine de minutes seulement avant la fin du set de Sumo Cyco ! Autant dire que lorsque Jared Gomes (aussi connu sous le pseudonyme de M.C.U.D. pour "MC Underdog") est passé devant l'espace fumeur pour pénétrer dans la salle par l'entrée des spectateurs, ça en a fait tiquer et sourire plus d'un ! Pour l'anecdote, il se trouve que le groupe se serait fait jeter du bus dans lequel il voyageait pour rejoindre Lyon à cause de "troubles au chauffeur", nous dira-t-on. Difficile de savoir ce qu'il s'est réellement passé mais les gars sont arrivés comme des fleurs en traînant derrière eux une forte odeur de weed. Et on était loin du compte en supposant que les mecs avaient fumé quelques joints sur la route... car l'effet s'est nettement fait sentir sur scène ! On parle souvent du culot de Limp Bizkit pour "se foutre assez bien de la gueule de son public" à certains concerts. Cette fois, (hƏd) p.e. a fait bien mieux. Que ce soit du foutage de gueule ou un incroyable culot - non sans auto-dérision -, le tout mis sur le compte de la drogue, le groupe a délivré ce soir-là une performance tout simplement dingue. Dans tous les sens du terme. Ceux qui connaissent la discographie du groupe sur le bout des doigts le savent : Jared est capable de rapper comme de gueuler comme un veau, mais aussi de tâter le Reggae et le Ragga avec une aisance déconcertante. Alors, lorsque le bonhomme à l'imposante stature, du haut de ses cinquante-deux ans, a entamé le set en braillant comme le métalleux moyen dans son micro pour ensuite saluer l'audience d'un "My beautiful french brothers and sisters ! Reggae music !", on s'est rapidement jeté un coup d’œil amusé en se disant que ce concert allait être unique. En tout cas pour nous. Car il est difficile de dire si tout ça est parfaitement orchestré ou de l'improvisation totale de la part du groupe. Quoiqu'il en soit, ça tenait parfaitement la route et lorsque que Jared a sorti un mélodica du fond de la scène pour jouer quelques notes, c'était plié : on était dans le bain. Le reste n'a été qu'un pur moment de plaisir à base de titres phares du groupe et de reprises aussi improbables les unes que les autres : de "Bartender" à "Killing Time", en passant par "Pay Me" extrait du dernier album, "Blackout" et une reprise de "You Really Got Me" des Kinks, ou encore l'improbable combinaison des très funky "So It Be" et "Game Over" (voir la vidéo), c'est un déluge de genres et de styles que (hƏd) p.e. a passés en revue lors de cette soirée, des genres que le groupe a tous plus ou moins pratiqué dans sa discographie au fil des années. Concernant les musiciens (le line-up du groupe a changé beaucoup de fois en un peu plus de vingt ans), rien à dire : les gars qui accompagnent désormais Jared sont au taquet en semblent prendre un incroyable pied à accompagner celui qui se décrit désormais comme "un adulte, un bon mari et un père qui prend sa famille très au sérieux". Ce dernier profite d'ailleurs pleinement de l'instant et ne manque pas de remercier le public pour cette aventure folle qui dure depuis presque vingt-cinq années en tant que leader du groupe (hƏd) p.e. Alors que dire ? Pas grand chose si ce n'est que cette soirée restera dans nos mémoires. Merci Jared. Merci (hƏd) p.e. : c'était fun, c'était top.

Par quel miracle le groupe (hƏd) p.e. a-t-il eu la bonne idée de poser ses valises à Lyon le temps d'une soirée ? Aucune idée mais on a été chanceux. On retiendra que même avec la cinquantaine bien tassée, Jared est une bête de scène et semble avoir la santé ; Sumo Cyco était peut-être l'outsider de cette soirée mais c'est toujours sympa de découvrir sur scène un groupe dont on n'a jamais entendu parler ; enfin, Smash Hit Combo a parfaitement relevé le défi de la première partie. Chapeau, les gars.

Les crédits photo reviennent à Jérémy Girard (merci à lui pour ses photos): allez checker sa page Facebook. La soirée était organisée par Syncope Management et le Ninkasi, merci à eux d'avoir accueilli l'événement. Enfin, merci aux gens avec qui cette soirée a été partagée : c'était bien cool.

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