03/01/2016

[Album] Russian Circles : "Memorial"

Artiste : Russian Circles
Album : Memorial
Cinquième Album
Sortie : 2013
Genre : Post Métal, Post Rock, Instrumental
Label : Sargent House
Morceaux à écouter : 1777, Ethel, Lebaron
♥♥♥(♥)

On en est où ? Cinquième album pour le trio originaire de Chicago et pas de changement notable depuis Empros (mêmes musiciens et même label), un album qui marquait toutefois une nouvelle orientation sonore pour le groupe. On notera quand même un visuel bien plus froid que pour l'album précédent, semblant aller dans la continuité des saisons, Empros invoquant davantage l'automne avec ses arbres au feuillage pourpre et ce Memorial faisant apparemment référence à l'hiver avec son relief enneigé. Et comme un visuel n'est que très rarement choisi au hasard, on pouvait déjà se faire une petite idée du contenu de ce cinquième effort.

Une invitée surprise. Premier détail qui semble anecdotique mais qui est une première pour Russian Circles : l'album comprend un morceau en featuring et pas avec n'importe qui. Il s'agit en effet de Chelsea Wolfe qui vient poser sa voix spectrale sur "Memorial", le morceau qui donne d'ailleurs son nom à l'album. Premier point : l'artiste est signée sur le même label que le groupe, ce qui a sans doute facilité cette collaboration, sans oublier que les deux formations ont effectué une tournée ensemble à travers l'Europe en fin d'année 2013 (voir le Live Report du concert à Paris au Divan du Monde). Second point : cette voix si glaciale vient corroborer l'appréhension ressentie face au visuel de ce Memorial et ainsi boucler un album à la ligne directrice bien tenue, ce morceau en featuring se positionnant en clôture de l'ensemble.

Musicalement, quoi de beau ? Russian Circles fait de la musique instrumentale à l'identité forte, et ce n'est pas cet album qui déroge à la règle. Le petit tournant pris lors de l'opus précédent, Empros, est désormais acquis et est approfondi ici pour tomber encore plus dans une certaine noirceur. De ce fait, la musique du groupe apparaît sombre, froide, même parfois glauque, aux sonorités métalliques, et paradoxalement terriblement organique. La guitare est torturée d'effets lui donnant une consistance rarement atteinte lors des albums précédents et les lignes solo étincelantes se font beaucoup plus timides ("1777"), preuve que le but ici n'est plus d'être mélancolique ou nostalgique mais d'atteindre une limite très proche du mortifère, l'Humain disparaissant derrière des cordes qui hurlent et vrombissent ou des cymbales qui pleurent ("Deficit"). Le résultat final est donc lourd, épais, aux subtilités bien réelles mais noyées dans un son de basse et de guitare saturées et tout en rondeur, sans parler d'une batterie toujours aussi vivante et assassine ("Burial"). Un volume sonore (en notion d'espace) qui englobe et plonge l'auditeur dans un sinistre voyage d'où l'échappatoire semble hors de portée. Le travail sur les ambiances est une fois de plus réussi mais laisse cette désagréable sensation de nous avoir touchés au plus profond, faisant surgir des sentiments enfouis pour de bonnes raisons. Entre tristesse, dépression et malaise, on reste toutefois scotché à cet enchaînement de poésie instrumentale froide comme la mort. Du grand art, même s'il faut bien admettre que ce n'est peut-être pas le meilleur moyen pour se mettre de bonne humeur. Même l'incroyable "Cheyenne", sans percussion, avec ses cordes stridentes à peine audibles, ferait verser une larme au plus insensible des amateurs de Métal. Reste un titre comme "Ethel" qui ramène un peu d'espoir, exactement comme "Malko" sur l'album Geneva, où la lumineuse ligne de guitare vient éclairer un ensemble beaucoup plus sombre.

Beau, mais rude ! Un cinquième album suivant une évolution logique de la musique de Russian Circles, qui en impose par ses capacités à nous torturer avec une lourdeur et une épaisseur si particulières qu'on se laisse prendre au jeu... à nos propres dépends. Un album réussi mais qui reste un objet très particulier de par ses ambiances et les émotions qu'il suscite. Du très bon boulot, mais à ne conseiller qu'à un public averti.

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