30/03/2016

[EP] San Francisco Red Corner : "SFRC-EP#1"

Artiste : San Francisco Red Corner
EP : SFRC-EP#1
Sortie : 2013
Genre : Post-Hardcore, Electronicore
Label : Autoproduction
♥(♥)
> Ecouter et Télécharger l'EP sur BandCamp <

De qui on parle ? Ils sont trois, viennent de Grenoble et ont débuté en 2012, même si les deux frangins Garbit (guitare et batterie) ont apparemment commencé l'aventure en 2011. Un trio : choix plutôt évident pour ne pas se perdre avec les goûts et les intentions de chacun comme on peut le voir dans certaines formations composées de davantage de membres. Trois personnes pour tout simplement faire une musique sans concession, personnelle, et surtout sans avoir à se demander si elle plaira à tout le monde. San Francisco Red Corner (ou SFRC pour aller plus vite) a décidé d'évoluer entre Punk, Post-Hardcore et Electro Dubstep. Un pari risqué quand on sait que certains groupes en ont déjà fait leur marque de fabrique et s'en sortent plutôt pas mal (on pense évidemment à Enter Shikari) mais aussi parce que ce mélange des genres n'est pas souvent gage de qualité pour les puristes. Qu'à cela ne tienne, les trois compères grenoblois livrent ce premier EP en 2013, six titres à l'identité forte pour une musique bien perchée.

Le contenu. Les trois compères ayant décidé de diffuser leur musique gratuitement, on peut retrouver leur discographie via leur page BandCamp et comme ils ne font pas les choses à moitié, on a aussi droit aux textes, ce qui n'est pas pour nous déplaire afin de mieux piper leur propos. Parce que si SFRC fait de la musique à seulement trois personnes, en mélangeant des genres plutôt éloignés, c'est aussi (et surtout ?) la voix de Flo qui donne son identité au groupe. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle est plutôt... surprenante. En lieu et place d'un morceau portant le banal titre "Intro", on a droit à une ouverture répondant au nom de "The Opening". Facile, peut-être, mais au moins on sent qu'on veut nous plonger dans le sujet. On a d'ailleurs droit à un extrait du film Dirty Harry avec Clint Eastwood datant de 1971 en guise d'amuse-bouche et cette référence cinématographique n'est en rien anodine, l'action se déroulant à San Francisco, cette même ville américaine qui a inspiré le nom du groupe. Et cette référence, cet ajout de samples, n'est ni plus ni moins qu'une amorce au reste de cet EP qui, au vu de la longueur de certains morceaux (plutôt longs pour du Post-Hardcore), s'avère avoir un côté cinématographique. Ou des allures de bande-dessinée musicale si on se plonge dans le visuel de cet EP.

Musicalement, donc, ça donne quoi ? Une guitare, des machines, des samples, une batterie et une voix. Une voix qui braille, qui crie, qui hurle, comme si on était en train de l'égorger. Et ces quelques ingrédients mettent la puce à l'oreille : ça rappelle (un peu) ce que faisait Moshpit il y a de ça plusieurs années, la touche Speecore et Hardtek en moins. Bref. On a donc un triangle instrumental guitare/machines/batterie simple mais efficace qui a le mérite de ne pas prendre de détour, de ne pas subir trop d'arrangements, ce qui offre la possibilité de jouer la même chose en Live que sur les versions studio (pas ou très peu de seconde guitare par-exemple, même si on remarque une basse à l'enregistrement). On va droit au but, avec franchise, avec du riff de guitare clairement emprunté au Punk et Post-Hardcore, une batterie qui suit le mouvement sans trop de fioritures et qui frappe donc fort, et des machines qui harmonisent le tout avec des ambiances travaillées, il faut le reconnaître. Car si le duo guitare/batterie ne révèle pas un niveau technique monstrueux, il y a véritablement du travail aux machines, auquel s'ajoute un jeu de samples offrant des passages hors du temps et contrastant presque avec la musique du groupe (cette pause au milieu de "Homeless Town" par-exemple). On a même droit à un morceau instrumental où le travail électronique est largement mis en avant avec "Cable Car Ascension", morceau qui rappelle un peu ce qu'étaient les "Cure For The Itch" et "Session" sur les deux premiers albums de Linkin Park où Mr. Hahn était seul derrière ses platines, les autres instruments étant réduits au silence, ce qui marquait véritablement une pause dans les albums. Enfin, on notera toutefois l'ajout d'une basse pour davantage appuyer les accords de guitare, sur "Chinatown" notamment, un morceau qui profite d'ailleurs d'un solo de guitare lumineux. Bref, des ingrédients qui, sur le papier, ne se marient pas toujours très bien. À l'oreille aussi, ça peut choquer parfois, mais SFRC mélange le tout à sa sauce et arrive à pondre une musique qui ne ressemble à nulle autre. Les puristes vomiront sans doute, les autres s'accrocheront et sauront profiter de cette curiosité qui prend tout son sens sur le dernier morceau de l'EP, "Coit Tower", où les machines s'entichent de sonorités Dubstep très marquées pour engager un dialogue avec la guitare.

Qu'est-ce qu'on nous raconte ? C'est bien là toute la question. Car Flo n'a pas la voix la plus facile à interpréter. C'est même sans aucun doute le point qui fera fuir le plus de monde à l'écoute de ce premier EP. Cette voix nasillarde, égosillée, entre l'aboiement de roquet et la noyade dans les glaires et le vomi, un peu comme si le mec de chez Cradle Of Filth s'était soudainement mis en tête de chanter du Punk Hardcore. Mais, comme il l'a été dit plus haut, les gars de SFRC ont au moins eu la bonne idée de fournir les textes sous chaque morceau sur BandCamp. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça ne transpire pas l'optimisme. Comme une tragédie des temps modernes, de la chute de l'Homme face à son environnement de béton, à l'argent, où l'espoir est bien trop souvent absent ou semble lointain, hors de portée, SFRC tisse les chroniques d'une réalité latente et invisible (onirique ?) qui nous tend les bras ("Homeless Town"). Le drame n'est pas loin et SFRC serait comme un prophète un peu cinglé tentant de nous ouvrir les yeux. Et cette guitare hurlante, matraquant nos tympans, aidée par ces sonorités électroniques et synthétiques prennent alors un nouveau sens...

Verdict. SFRC fait une musique difficile à digérer, d'un prime abord. Un mélange des genres qui aurait pu être fait avec délicatesse, finesse, mais il n'en est rien. La violence du propos et des ingrédients sonores prennent tout leur sens une fois qu'on a pu découvrir et appréhender le message. Comme un cadavre exquis où la vie côtoie la mort, proche. Où les zombies seraient parmi nous dans un monde aux allures post-apocalyptiques... sauf que ce monde serait déjà le nôtre, bien présent. C'est donc beaucoup moins festif qu'il n'y paraît et on se retrouve face à un choix à faire : on adhère ou non. Reste que SFRC a le mérite de sortir des sentiers battus, de proposer une musique très personnelles et donc de prendre un risque conséquent. Une démarche casse-gueule, certes, mais honorable.

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