07/03/2018

[EP] Ocean Grove : "Black Label"

Artiste : Ocean Grove
EP : Black Label
Sortie : 2015
Genre : Néo-Métal Expérimental
Label : Shock Entertainment , UNFD (réédition)
♥♥♥♥
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Second jet. Il y a toujours un "avant" et un "après" dans l'histoire d'un groupe et il apparaît évident que ce second EP pondu en 2015 par les australiens d'Ocean Grove marquera à jamais l'histoire de la bande emmenée par Luke Holmes. Les gaillards originaires de Melbourne qui avaient présenté un premier recueil dès 2013 présentent ce Black Label un peu plus de deux années plus tard et on comprend bien vite qu'ils ne sont pas là pour enfiler des perles mais plutôt pour nous retourner le cerveau, à l'image de ce visuel un peu dégueulasse. Le résultat est tellement efficace que le label UNFD se charge du projet et réédite l'EP (avec Rise Records), notamment dans une version améliorée et baptisée Sublime comportant le morceau "Lights On Kind Of Lover" qui annonçait d'une bien belle façon l'avenir musical de la jeune formation. Mais intéressons-nous d'abord à cet EP plutôt généreux présentant pas moins de huit titres.

Efficace. Huit titres, voilà qui fait pas mal au compteur pour un EP, d'autant plus que le chrono affiche une bonne grosse vingtaine de minutes en guise de durée totale. Pas de quoi sauter au plafond diront certains, car on sait bien - notamment dans un genre comme le Post-Rock - que ce n'est pas le nombre de pistes qui fait la durée totale d'un album ou d'un EP. Bref. Ocean Grove revient en forme avec de la nouveauté et ça fait du bien : tout est plus puissant, plus travaillé, plus aiguisé. En un mot : c'est mieux. Le groupe a su mettre en application toutes les bonnes choses présentées sous forme de "brouillon" sur Outsider (même si il faut quand même admettre qu'on a entendu des "brouillons" vachement moins bien produits !). Les australiens sont "back again" et ils le martèlent dès "Blackbone" qui ouvre cet EP avec des gros sabots nous emmenant sur un véritable boulevard d'énergie qu'est "B.L.U.D.", un titre qui fait étalage du potentiel désormais maîtrisé du groupe : du riffs lourd qui tache, des ambiances travaillées et des compositions percutantes. Si on y regarde de plus près, Ocean Grove compte sur des atouts facilement identifiables tels qu'une seconde guitare s'occupant des nappes et ambiances en toile de fond ainsi qu'un chant à deux voix diamétralement opposées. Luke Holmes, qui se charge du chant hurlé, interprète parfois des textes où sa voix est teintée d'effets. On sent qu'il y a eu du travail et que la technique est au poil pour mettre en relief l'univers décalé du groupe. Que dire aussi de la voix claire du bassiste Dale Tanner qui a cette particularité de ne jamais tomber dans la mièvrerie comme on peut souvent l'entendre chez certains groupes à deux chanteurs ? Ce dernier fait d'ailleurs étalage de ses capacités vocales sur pratiquement tous les morceaux de l'EP, notamment sur les impressionnants refrains de "You Know Something We Don't ?!" et "167 Damilla". Si on avait relevé sa performance sur les deux derniers titres de l'EP Outsider, on a ici la confirmation qu'Ocean Grove ne s'était pas trompé et savait qu'il faudrait compter sur le bonhomme pour assurer les futures parties de chant clair. C'est donc solide, tant musicalement que vocalement, et le tout est évidemment porté par une production de haute volée : un régal pour les oreilles.

Appréciable au format court. Découvrir cet EP juste après son prédécesseur est comme une vague de bonheur envahissant l'auditeur tant l'ensemble est élevé à un niveau supérieur. Reste qu'on ne respire pas beaucoup sur ce recueil et qu'on n'a droit qu'à une seule pause répondant au nom de "Diploid", un morceau qui vient rappeler qu'Ocean Grove ne fait pas uniquement dans l'énergie brute et l'étalage de gros riffs. Le groupe confirme qu'il sait aussi faire des choses plus cérébrales et expérimentales, voire même progressives. On notera aussi quelques passages de ce type dans les compositions suivantes, comme l'étrange "Cold Skin" porté par une guitare solo tissant un fil conducteur strident et une conclusion sur un beat électronique qu'un groupe comme Korn n'aurait pas reniés. On pourrait croire que la bande s'est doucement calmée mais "I Told You To Smile" remet le couvert avec une puissance inédite, "167 Damillia" se chargeant d'enfoncer le clou une bonne fois pour toute avec un solo de guitare fort bienvenu. L'EP s'achève soudainement et on a littéralement l'impression de s'être fait broyer le cerveau pendant vingt minutes. Une sensation qui pourrait être désagréable sauf qu'il s'agit ici d'une sorte d'exutoire. L'écoute de ce recueil aurait facilement pu tourner à la mauvaise expérience si celle-ci avait duré plus longtemps. Heureusement, on est arrivé au bout avec ce sentiment d'avoir écouté quelque chose de bourrin mais qui fait néanmoins un grand bien aux oreilles. Tandis que beaucoup de groupes se complaisent dans des genres et styles déjà vus et entendus, Ocean Grove trace sa route et prouve avec ce second EP que la petite bande de Melbourne a bien l'intention de proposer quelque chose de singulier et ça, ça donne juste envie de suivre le groupe pour écouter la suite de son travail !

Dans le grand bain. Si le premier EP Outsider profitait d'une bonne production et faisait étalage de bon nombre de qualités du groupe, Black Label est une véritable confirmation qui propulse Ocean Grove au-delà des côtes australiennes pour convier le reste de la planète à découvrir sa "Odd World music". C'est jouissif et frais et on en redemande, même si il paraît évident que l'ensemble sera parfois bien trop agressif pour certains. Dommage pour eux.

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