17/11/2017

[Album] Wasaru : "Sadtimes"

Artiste : Wasaru
Album : Sadtimes
Premier Album
Sortie : 2016
Genre : Hip-Hop, Rap, Electro
Label : Autoproduction
Morceaux à écouter : Fantasy Drop, All Across The Sun, Two Thousand Thirteen
♥♥♥
> Ecouter l'album sur BandCamp ou Youtube <
> Wasaru, site officiel <

De qui on parle ? D'une seule et même personne. Wasaru n'en est pas à ses premiers pas en matière de production musicale puisqu'il a tout d'abord été bassiste dans un groupe de Punk Rock et il n'est pas impossible que vous connaissiez le bonhomme sans le savoir. En effet, l'artiste pluridisciplinaire qui a déjà travaillé au sein du studio Ankama est aussi réalisateur de productions animées, qu'il s'agisse de courts métrages ou de clips musicaux tels que ceux pour "Parler Le Fracas" du Peuple de l'Herbe en 2012 (ce clip figurait d'ailleurs dans la programmation du Festival International du Film d'Animation d'Annecy en 2013), "Allaxis" de Kaly Live Dub en 2013 (projeté à Annecy en 2014), ou encore "Yini Bo" - toujours du Peuple de l'Herbe - en 2015. On pourra aussi noter le clip de "Make Em Purr" de Sage Francis, parmi d'autres. Wasaru aime donc mêler les arts graphiques à la musique et ne s'arrête pas à "habiller" les productions musicales d'autres artistes puisqu'il publie son premier recueil en 2006 sous la forme d'un EP de cinq titres répondant au nom de Prisoner Of State (en écoute sur BandCamp). Ont suivi divers EPs ou Mixtapes, le bonhomme considérant lui-même que Sadtimes est son premier véritable album.

Un financement participatif. Plutôt occupé et surtout décidé à mettre le "paquet" pour ce premier opus en version physique (le reste de sa discographie est à retrouver sur BandCamp) en y incluant un livret avec les textes de chaque titre dans le packaging, Wasaru compte faire appel aux bons services de R3myBoy pour le mixage et le mastering. Lui aussi, son nom ne vous parle peut-être pas mais la liste d'artistes pour lesquels il a travaillé est longue comme le bras. C'est donc pour financer ce projet et le travail de R3myBoy qu'une campagne via Kiss Kiss Bank Bank est mise en place avec diverses contre-parties, parfois atypiques (comme la fameuse cartouche de Game Boy qu'on peut voir dans le clip de "Sociophobe Within").

Un projet sans frontière. Là où le projet est vraiment intéressant, c'est dans la volonté qu'a Wasaru de travailler avec divers MCs des quatre coins du monde, ces derniers étant souvent peu connus et ne s'exprimant pas nécessairement en anglais. Ainsi, on retrouve au fil des quatorze pistes de l'album des représentants du Hip-Hop mondial originaires des USA (211 Joe, Ben Duff, Bwritten, D. Rose & T. Jordan, Cory Bugz, Kaejo, Kuga, Slawth), du Japon (JayCee, Katagi), de Corée (C.Cle), d'Allemagne (Cedric Till) et même de France (Nÿme). Une voix féminine est d'ailleurs présente sur l'album en la personne de Danielle Rose, en couple et désormais mariée à Tommy Jordan, le duo appartenant au collectif Urban Fantasy et ayant enregistré les textes de "Fantasy Drop" quelques jours seulement après la naissance de leur fils. Toutes ces personnalités d'origines et influences diverses participent donc à un album au caractère singulier en posant des textes inspirés de leurs expériences et vies personnelles. Ainsi, leurs identités respectives sont mises en valeur par des façons de rapper parfois très éloignées les unes des autres. On passe donc d'un type de flow à un autre au même rythme qu'on enchaîne les morceaux, ce qui permet de voyager et alterner les personnalités sans tomber dans la redondance. Il y a donc tout un monde entre les univers respectifs de Slawth, Kaejo ou encore Nÿme. De ce fait, la première écoute de l'album peut déstabiliser, chaque MC ayant une voix et un flow qui lui sont propres. Toutefois, il ne faut pas s'y tromper, Sadtimes a beau être un album patchwork sur la forme, il reste d'une cohérence bien réelle sur le fond, Wasaru conservant un fil directeur instrumental au fil de ses compositions.

Tranches de vies. L'anecdote concernant l'enregistrement des textes de Danielle Rose et Tommy Jordan n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan d'histoires qui pourraient être contées par cet album suite à son enregistrement. Il paraît évident qu'avec de telles distances géographiques séparant les différents protagonistes de ce projet (qui justifient d'ailleurs l'emploi de l'expression "à l'autre bout du monde"), il y aurait matière à raconter des méthodes de travail et des relations humaines tout à fait singulières. Ces dernières auraient pu être à elles-seules un sujet d'écriture et le propos tout entier du produit fini. Toutefois, Wasaru semble avoir préféré mettre ces artistes en lumière et leur donner de la visibilité plutôt que de les employer à servir le projet en lui-même. La sensibilité de chacun a donc été mise en avant à travers une liberté évidente dans l'écriture, ce qui témoigne tout simplement de l'affection personnelle qu'a Wasaru pour ces artistes. Une méthode de travail qui pourrait être décriée mais qui tient finalement ses promesses avec à l'arrivée un disque à l'identité propre et aux multiples facettes. Bien qu'un "Blurred Foam" en guise d'ouverture (après une courte introduction) pourrait sembler relativement joyeux, les textes dénotent une volonté de chacun des MCs mis à contribution à vouloir s'exprimer - parfois gravement - à propos de sa vie personnelle, de sa vision du monde et de son approche du Rap et du Hip-Hop. Le tout est accompagné de la palette instrumentale élaborée par Wasaru à base de sonorités graves et mélancoliques allant du violon au piano en passant par le nostalgique 8 bits, le tout étant résolument électronique avec une approche étrangement organique parfois. Avec Sadtimes, on voyage, on est surpris et on découvre parfois un Rap qu'on n'aurait pas soupçonné (notamment grâce aux MCs japonais et coréens). Dommage que tout cela ne sonne pas plus festif et joyeux à l'arrivée.

Peu joyeux mais cohérent. Alors, c'est sûr, Sadtimes n'est pas le plus joyeux des albums de Rap ou de Hip-Hop. De toute façon, il ne fallait pas s'attendre à autre chose si on se fiait à son titre. Toutefois, sa conception unique et les nombreuses collaborations qu'il renferme en font un objet à part mettant en relief les nouvelles possibilités de productions offerts par les outils informatiques et Internet. Il n'y a désormais plus rien qui puisse empêcher les artistes de collaborer, même à plusieurs milliers de kilomètres de distance, et ainsi se retrouver sur des sujets d'écriture et une musique qui les rapproche. S'il fallait ne retenir qu'une chose, c'est que les frontières et les langues ne sont que des excuses pour diviser l'unicité de l'être humain. Et ce disque en est la preuve.

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