11/08/2017

[Album] The One Hundred : "Chaos & Bliss"

Artiste : The One Hundred
Album : Chaos & Bliss
Premier Album
Sortie : 2017
Genre : Fusion, Néo-Métal nerveux, Rapcore, Métal Electro
Label : Spinefarm Records
Morceaux à écouter : Monster, Boomtown, Retreat
♥♥♥♥
Écouter l'album sur Youtube <

La "nouvelle" génération. Voilà maintenant quelques années que le quatuor britannique répondant à l'énigmatique appellation de The One Hundred s'est fait remarquer avec un EP sorti en 2014 chez UNFD et baptisé Subculture. Depuis, plus rien. Ou plutôt, pas grand chose. Car si ce Chaos & Bliss n'a été annoncé qu'en début d'année 2017 avec la sortie de deux clips pour "Dark Matters" puis "Monster", la groupe a pu compter sur ses prestations scéniques énergiques ayant suffisamment marqué les esprits pour s'assurer une solide fan base entre temps. En évoluant dans un genre pourtant déjà retourné dans tous les sens depuis la fin des années 1990 puis, plus tard, avec toute une vague de groupes de Métal et Post-Hardcore incorporant une forte dose d'Electro dans leur musique, The One Hundred arrive pourtant à tirer son épingle du jeu avec une identité forte et un caractère affirmé, preuve qu'on peut encore faire du neuf avec du vieux.

Une première écoute excitante. La sensation d'avoir déjà "entendu ça quelque part" (mais avec un petit-truc-en-plus) qui avait suivi l'écoute du premier EP de The One Hundred posait l'inévitable question de la capacité du groupe à produire un album riche et varié avec les mêmes ingrédients. La bande de Jacob Field allait-elle réussir à conserver cette énergie tout en renouvelant son Néo-Métal électronique qui lui avait plusieurs fois valu l'étiquette un peu biaisée de "Club-Métal" ? En ouvrant l'album sur "Dreamcatcher" et son riff d'intro au son de guitare rappelant fortement celui de Blood Youth, The One Hundred s'accapare déjà un genre et un public pourtant relativement éloignés de ses penchants pour le Rap et l'Electro. C'est énergique, efficace et bien produit et la suite est du même niveau. Là où le quatuor réalise un véritable tour de force, c'est dans son habile maniement des arrangements électroniques qui donnent un ton et une couleur à chaque titre, créant la surprise au fil de l'album sans jamais perdre en régime. Certes, The One Hundred ne démontre aucun talent particulier dans la maîtrise de ses instruments et on assimile rapidement la musique du combo. Mais là où d'autres formations proposent des recueils qui nécessitent plusieurs écoutes pour bien percevoir et digérer leurs points forts, The One Hundred va droit au but et ne fait qu'attiser l'envie de se repasser cette galette en boucle pour emmagasiner une foutue dose d'énergie délivrée sans détour et avec une créativité débordante. On enchaîne donc les tubes en se régalant les oreilles et même la pause instrumentale au milieu du disque ("Fake Eyes") vient ajouter une facette supplémentaire à la musique des londoniens tout en leur offrant un titre pouvant être passé sur scène en guise de transition durant un set.

Capacité d’absorption. C'est un fait : Chaos & Bliss regorge d'influences et de clins d’œil à d'autres genres et sous-genres musicaux sans pour autant perdre son fil conducteur et la direction musicale présentée par le groupe sur son premier EP. En résulte douze titres très différents dans l'approche et paradoxalement très semblables dans les sonorités. Qu'il s'agisse de la Drum'n Bass dans "Dark Matters", le Punk Rock/Post-Hardcore à la Enter Shikari sur "Who We Are Now", le Grime sur pratiquement chaque couplet de l'album ou même le boom-boom Techno que n'auraient pas renié des groupes comme Sidilarsen ou même Rammstein sur "Chaos + Bliss", les britanniques arrivent à délivrer une large palette de sonorités dans leur musique, le tout avec évidemment ces fameux synthés qui sont leur marque de fabrique. On notera aussi l'ajout de samples de voix féminines sur "Boomtown" et "Chaos + Bliss", une pratique aussi surprenante que bienvenue si on considère que même un groupe de Métal Indus comme Rammstein a fait ce choix pour "Moskau", le mixage de ces samples allant même jusqu'à donner de faux airs de J-Pop au final de "Boomtown". The One Hundred arrive donc à pousser le concept hybride de sa musique à son paroxysme sans pour autant provoquer l'ennui ou le dégoût. Voilà donc un album profondément moderne et bien ficelé qui puise sa force dans une multitude de genres musicaux différents. Et malgré toutes les facilités qu'on pourra reprocher à ce disque, on est face à une sorte de pied de nez fait aux nombreux groupes des années 1990 et 2000 qui ont fini par s'enliser dans un mélange Rap + Métal convenu où l'audace et la créativité ont rapidement disparu. Chaos & Bliss est finalement la preuve irréfutable que beaucoup de choses étaient encore possibles.

Rage au ventre. En 2014, The One Hundred se présentait comme "the new breed, the new generation" ("Breed" extrait de l'EP Subculture). Pour certains, s'auto-proclamer nouveau porte-étendard du Rap-Métal-Electro paraissait prétentieux. Pour d'autres, ces textes sonnaient comme un écho, comme une délivrance pour poser des mots sur un ressenti partagé par toute une génération perdue entre les grands classiques du Rap et du Métal et toute la musique moderne diffusée à la radio ou dans les clubs. Il y avait donc un public pour la musique de The One Hundred dont les textes aux revendications teintées d'un esprit Punk mélangées à une forme de mal-être généré par une société et un système écrasants résonnaient dans les cœurs et les esprits. L'attente a ensuite été longue avant de voir sortir ce premier album, mais ça valait le coup. En effet, le groupe a pu digérer son nouveau statut et mûrir sa position avec toujours le même dégoût et la même noirceur. La rage est donc toujours présente et s'exprime évidemment dans les cris et hurlements de Jacob Field, lui-même souvent suivi par ses camarades de scène dans des gang vocals directement empruntés au Hardcore et Post-Hardcore. Mais c'est surtout dans certaines lignes de textes que tout l'esprit frustré et consterné de The One Hundred s'exprime. On pourra citer des passages comme "...wait until this world stabs you in the back, everything is turning black" en conclusion de "Dreamcatcher" ou le portrait de cette société dont la survie repose désormais sur des concepts destructeurs tels que le succès, l'argent et la régression sociale ("fame, money, social demise") dans "Boomtown". Tout paraît bien sombre et l'avenir ne semble guère meilleur lorsqu'on se penche sur les textes de ce disque mais il n'est pas non plus dit de baisser les bras, bien au contraire. The One Hundred est donc bien conscient que cette "nouvelle génération" est loin de partir gagnante mais qu'elle a un rôle à jouer, avec une toute petite chance de pouvoir changer les choses et de ce point de vue, "Blackjack" est sans aucun doute le titre qui illustre le mieux cet état d'esprit ("...we all need something to believe in... / ...We got the power, we got control, we are the new breed..."). En gros, tout semble nous échapper mais se battre semble une bien meilleure solution que la résignation. Un peu d'espoir au milieu de tout ce merdier, ça ne peut pas faire de mal, après tout.

La patate. Alors, certes, Chaos & Bliss n'est peut-être pas l'album de l'année mais on pourra reconnaître au quatuor londonien une certaine originalité dans son approche du Rap-Métal. The One Hundred est un groupe qui prouve une fois de plus que les britanniques n'ont pas fini de nous surprendre niveau musique et qu'il n'y a bien qu'eux pour arriver à faire preuve d'une telle créativité qui est toujours aussi bien mise à profit. Voilà donc un disque sans grande prétention mais débordant d'énergie qui réussit le pari de s'approprier un important nombre de genres musicaux pour en sortir quelque chose de suffisamment unique pour marquer les esprits et être écouté maintes fois avec toujours beaucoup de plaisir. On ne peut qu'espérer la reconnaissance que le groupe mérite dans les mois et années à venir. Chapeau bas !

n.b. : N'oubliez pas de jeter une oreille sur la version 2017 du titre "Temples" pourtant écrit, composé et joué sur scène en 2014, mais jamais enregistré auparavant.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire