23/01/2014

[Album] Au4 : "... And Down Goes The Sky"

Artiste : Au4
Album : ... And Down Goes The Sky
Deuxième Album
Sortie : 2013
Genres : Rock Pogressif, Rock Atmosphérique, Rock Electro, Trip Hop, Downtempo, Post Rock,
Label : Torn Open Records
Morceaux à écouter : Everyone is Everyone (And Everything is Everything), In Three Seconds I'll Be Gone, Wherever We Begin to Fall (Broken Glass will Surely Follow)
♥♥♥♥♥
> Ecouter l'album sur Youtube / Télécharger l'album gratuitement sur le site du groupe <

Franchement, qui aurait pu parier sur le retour des frangins Wylie et de Au4 ? Pas moi en tout cas. J'imaginais déjà le groupe disparaître, laissant derrière lui un seul et unique album, véritable petite perle qui avait vu le jour en 2006, il y a de ça déjà sept ans ! Incroyable, donc, de voir les canadiens resurgir de nulle part avec un deuxième album qui, avant même de l'avoir écouté, promettait quelque chose de grand et beau. Pourtant, je n'ai pas souvenir que On: Audio ait fait du bruit à sa sortie, ni même les années qui ont suivi, sauf chez ceux dont la musique du groupe aura atteint les oreilles. Au4 ne vogue donc pas sur son succès (pratiquement inexistant à mes yeux mais qui serait pourtant largement mérité !) mais plutôt sur une certaine vision de la musique et de l'art d'une façon plus générale. Mais c'est surtout la passion, le perfectionnisme et la générosité qui poussent les frangins à continuer à produire et, comme ils le disent si bien, à échanger avec le reste du monde et surtout leurs fans (voir le documentaire sur le sujet avec les membres d'Au4).

Au4, si on n'a jamais écouté auparavant, c'est un peu comme tomber dans un univers parallèle mêlant fantaisie, fantastique (et donc magie), steampunk et même science fiction. Il est d'ailleurs très difficile de classifier le groupe tant les influences sont nombreuses, les styles expérimentés et les genres exploités tout aussi divers et variés. Un truc plutôt casse-gueule à l'heure de la musique ultra formatée qui inonde les ondes radiophoniques et la télévision mais qui a le mérite de proposer autre chose. Et quelle autre chose ! Car il serait facile de faire du grand n'importe quoi, de l'expérimental pur où tout serait permis, histoire de surprendre et se démarquer. Non, Au4 a ce don pour mélanger les genres, les styles, qu'ils soient musicaux ou même de chants, mais en le faisant bien, et même très bien, avec une minutie et un souci du détail qui frôle la perfection et donc la maladie. On pourrait croire que ces gars-là sont complètement perchés mais il suffit de les voir parler de leur musique, de leur art, pour comprendre que ces génies (oui, je ne me gênerai pas ici pour employer ce terme) sont extrêmement posés, lucides et réfléchis dans leur façon d'aborder la musique. Il en découle d'ailleurs une totale gratuité quant à l'accès à cet opus, ce qui est quand même un truc qu'on voit très rarement en ce bas monde !

Mais parlons de ce qui nous intéresse ici : la musique. Onze titres au programme, ce qui en fait déjà deux de plus que sur le premier album, le tout pour plus d'une heure en boîte : on se ravit d'avance. Pour la suite, rituel habituel et de rigueur : casque audio et assise confortable. Ainsi commence le voyage...

Il faut peu de temps pour reconnaître la patte des artistes canadiens. Dès les premières secondes de "Everyone is Everyone", les synthés aux tonalités orchestrales posent les bases d'une ambiance sous forme de nappes à la fois légères et sombres. Mais ce sont davantage les voix qui rappellent toute l'identité de Au4 : une intro spectrale qui se termine dès l'apparition de la batterie donnant à elle seule ce côté très Trip Hop à la musique du groupe, le couplet débutant aussi soudainement, presque murmuré, à demie voix, très intimiste. Puis l'explosion. Des cuivres, des guitares, et des murmures criés (?), presque aboyés, en guise de refrain. On y est. Plongée hypnotique dans l'univers de ce second album qui semble déjà, avant même que la première piste soit passée, plus sombre, plus profond, plus riche, et paradoxalement, plus lumineux (ouais, bizarre, je sais).

On est donc un peu chamboulé à la découverte du premier titre mais rapidement rassuré dès le second : "Lost Her Way Home" fait honneur au premier album en reprenant tout ce qui en faisait sa force, à savoir ce tempo si lent et posé, cette basse ronde qui pose l'ensemble, ces voix douces et traînantes, et ces quelques notes de piano (voilà donc la fameuse lumière !). Puis une voix féminine fait son apparition et là, c'est la douceur qui coule à flots dans nos oreilles. Instant magique : le temps s'arrête.

On pense avoir tout vu (ou plutôt entendu) mais voilà que la Techno/House prend part à l'ensemble dès "The Propagation of Light" (tiens, on nous parlerait ici de "lumière" ?), troisième titre de l'album. Toujours cette voix féminine qui reviendra souvent dans l'album (notamment sur le très bon "In Three Seconds I'll Be Gone") et de nouvelles sonorités toujours éclectiques sans tomber dans le stéréotype évident. Ainsi, une touche tribale, voire religieuse, sur "So Just Hang On, Beautiful One", des riffs plus épais sur "In Three Seconds I'll Be Gone", la guitare acoustique sur "Forever Dancing Under a Fallen Sky", une berceuse très "Burtonienne" avec "The Empty Gorgeousness of All", une seconde touche Electro sur "Planck Length", un épique "Wherever We Begin To Fall" et un solo magistral pour conclure le tout sur "Over the Edge It Goes" : Au4 met le paquet sans pourtant en faire des tonnes. C'est pesé, mesuré, mature et maîtrisé. Du grand art, finalement, même s'il est évident que ça ne plaira pas nécessairement à tout le monde.

Mais ce n'est pas seulement avec sa musique que le groupe nous séduit. En plus d'offrir l'album gratuitement, ces gars-là poussent le bouchon encore plus loin en promettant de proposer au maximum des vidéos pour les prestations Live de leurs compositions, en répondant présent à leurs fans sur la toile (il suffit de voir les remerciements, tout en humilité, que le groupe laisse sur ses vidéos Youtube suite aux commentaires élogieux que certains leur adressent) et allant jusqu'à partager le processus de création de chaque morceau via leur site, en plus des textes et autres infos relatives au travail de production. Rien que pour toute cette générosité, on ne peut que s'incliner.

Un deuxième album remarquable, pas aussi facile à digérer que le premier, certes, mais qui transpire le travail bien fait, et avec toute la passion que la musique peut susciter. Une chose qui se fait rare et qui, musicalement, rappelle tout un tas d'autres groupes sans jamais les copier et les remanier (Massive Attack, Porcupine Tree, peut-être même Pink Floyd parfois). C'est beau, ça s'écoute avec grand plaisir. Que demander de plus ?

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